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  • Daniel Pantchenko
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. « Léo Ferré sur le Boulevard du Crime » en 2016. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. « Léo Ferré sur le Boulevard du Crime » en 2016. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 11:30

Après Leprest dans le texte par le comédien Philippe Torreton, place aux disques et aux spectacles de deux interprètes de la chanson. Deux générations, deux sensibilités, deux démarches très différentes. À apprécier certes selon son goût, mais, me semble-t-il, selon un principe intangible : l’œuvre d’Allain Leprest n’appartient à personne, elle appartient à tous. Atrabilaires de cour ou de clan s’abstenir...

 

Leprest-Anniv-1.jpg

À l'anniversaire d'Allain au café de la place Ménilmontant, 4 juin 2010,
- accordéon de Jean Corti, tableau peint par Jean-Pierre Jouffroy -
(ph. Claudie Pantchenko)

 

Au mois d’août, Claire Elzière a sorti son disque, qui comporte quatorze chansons de Leprest dont dix inédites. C’est chez Saravah, le fameux cru éditorial (quasi cinquante ans d’âge) de Pierre Barouh, où Allain a enregistré son troisième album, Voce a mano, avec l’accordéoniste Richard Galliano en 1992, puis 4, deux ans plus tard. La toute jeune Claire va alors suivre les cours des Ateliers Chanson de Paris, créés par Christian Dente et co-dirigés avec Luce Klein ; il se trouve que j’y fais écouter (découvrir ?) quelques dizaines de chanteurs, dont un de « Mont-Saint-Aignan près de Rouen ». Bref, nous en sommes gentiment remerciés tous les trois sur l’album, et c’est encore grâce à Christian que Claire va rencontrer Pierre Louki et devenir son interprète de référence.

 

Elziere-Leprest.jpg

 

Depuis longtemps déjà, elle reprend en scène L’Horloger (qu’Allain a dédié en 1994 à Louki pour « son travail d’écriture » dont il « toujours été un fanatique »*), ainsi que La Dame du 10e et Canal Saint-Martin. Après que Leprest a prêté sa voix écorchée à une brève évocation du même nom que cette dernière sur l’album Tribal Musette (2008) des Primitifs du futur, collectif musical hors-norme cher à Dominique Cravic, il écrit avec lui huit des dix chansons qu’on découvre aujourd’hui par la voix de Claire, Lequel des deux et Si ton cœur s’arrête étant sur des mélodies respectives d’Olivier Moret et de Jean-Philippe Viret, anciens musiciens d'Allain.

 

 

Comme dans ces deux titres et les reprises D’Osaka à Tokyo ou Mon abat-jour (de l’époque Galliano), il est question d’amour, sujet omniprésent, couleur vécu, et jamais indolore chez Leprest. Des mots d’amour à l’amour des mots, il n’y a qu’une plume et le disque s’ouvre d’ailleurs sur un Marabout tabou (bout-à-bout) qui se « cravique » illico dans nos têtes, Claire Elzière distillant tout cela d’une voix limpide, naturelle, qui sait susciter l’émotion sans la forcer. En studio, Pierre Barouh et Sanseverino interviennent vocalement chacun sur une chanson, Dominique Cravic sur deux (on savait qu’il était bien timbré) et il dirige sa chaloupante équipe primitivo-musicale sur scène. En cette belle compagnie**, au premier plan de laquelle figure Grégory Veux, son pianiste complice, la chanteuse garde toute sa simplicité chaleureuse. Un brin d’esthétisme dans la tenue et d’explosivité dans le jeu ne nuiraient sans doute pas à l’ensemble.

 

 

Pour l’interprétation, c’est la réflexion inverse qu’inspire parfois Jean Guidoni dans son spectacle Paris-Milan, construit essentiellement autour de chansons griffées Allain Leprest / Romain Didier, bien qu’il ne souhaite pas que cela soit perçu « comme un hommage au poète disparu », si l’on en croit l’article de présentation du Théâtre de la Ville où il a été « fêté*** » le 14 octobre avec – néanmoins – le sous-titre « Jean Guidoni chante Allain Leprest ». Depuis toujours, note à cette occasion Cécile Prévost-Thomas, l’artiste « aime à scénographier ses tours de chant et à se mouvoir sur les plateaux ». Impressionnant au plan vocal, il le démontre à nouveau ici, dans une mise en scène aussi sobre que graphique de Gérard Morel et en compagnie de Thierry Garcia (guitares), Julien Lallier (piano), Philippe Drevet (contrebasse), Didier Guazzo (percussions). Il y reprend quelques chansons plus anciennes, y compris des siennes, telles Djemila ou Verone Véronal

  Leprest-Anniv-2À l'anniversaire d'Allain au café de la place Ménilmontant, 4 juin 2010
Dominique Cravic et Didier Pascalis (ph. Claudie Pantchenko)

 

C’est Didier Pascalis (Tacet), l’efficace producteur de Leprest depuis l'emblématique opus de 2005, Donne-moi de mes nouvelles, qui a proposé à Jean deux ans plus tard d’interpréter un titre d’Allain pour la première fois, dans le volume 1 de Chez Leprest, en l’occurrence J’ai peur****. Depuis, l’homme qui « marche dans les villes » a participé en 2011 au spectacle d’hommage à Leprest de 2011, Où vont les chevaux quand ils dorment, aux côtés de Romain Didier et d’Yves Jamait, création où d’évidente façon l’œuvre et l’interprète se sont réciproquement portés.

 

Guidoni-parisMilan

 

Les douze chansons inédites exclusivement signées Allain Leprest / Romain Didier de ce nouvel album conjuguent selon Guidoni « l’attente, l’envie des choses et la lucidité de ne pas les obtenir », autant dire une balance qui rime de plus en plus avec désespérance. Le temps ne fait rien à l’affaire, et ce, dès le premier vers ironique de Paris-Milan : « Horizontalement le sablier ne sert à rien ». À quoi bon chercher à être heureux si « ça file du chagrin » (Ou l’contraire), vu que Le jour baisse toujours trop tôt et que « Nos rêves sont des enclumes » (Chut). Un certain summum est atteint en plein cœur du CD (Putain traînée salope), avant qu’une respiration tempérée d’humour ne s’esquisse, du très calendaire Folle de moi au filial et Huma-Tintinesque Dans le jardin de Gagarine, en passant par le portrait-BD de deux Trafiquants en duo avec Juliette. Au service « d’une poésie » qu’il qualifie d’« universelle », Jean Guidoni explique avoir « préféré garder une distance » en choisissant des textes qui lui convenaient en tant qu’interprète. Artistiquement, le résultat se révèle d'excellente facture, dans des arrangements du guitariste Thierry Garcia et avec l’apport de nombreux instrumentistes dont des cordes dirigées par Romain Didier.

 

Claire Elzière présentera son spectacle au Théâtre Lucernaire (Paris 6e), tous les dimanches à 19h30, du 4 janvier au 1er février 2015.

Jean Guidoni présentera le sien le samedi 24 janvier à Tréguier (22) et le lundi 26 janvier à 20h30,
à l’Alhambra (Paris 10e).

 

 

Notes :

* À DP, Chorus 41, automne 2002. La musique de L’Horloger est d’Étienne Goupil.

** Lors de la présentation parisienne le 27 septembre à l'Européen.

*** La création a eu lieu le 3 octobre à La Bouche d’Air (salle Paul-Fort) à Nantes.

**** Musique de Jean Ferrat. Titre enregistré en 1986 par Allain Leprest et Karim Kacel dans leurs albums personnels Mec et P’tite sœur.

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Published by Daniel Pantchenko - dans Chanson
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