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  • : Chansons que tout cela... (CQTC)
  • : Au cœur et autour de la chanson francophone, encore si méprisée des gens de pouvoir et de médias, alors qu'elle est vivante comme jamais au quotidien et dans l'Histoire en marche...
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  • Daniel Pantchenko
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 18:10

Nino Ferrer « a bu une carabine / et s’est endormi dans ses vignes » le 13 août 1998 à Montcuq (Lot), où le « Festival de la chanson à texte » de juillet à accueilli Francesca Solleville, l’interprète frangine d’Allain. « Le vin garde son dernier mot… » aussi pour l’auteur de Nino, qui a pris congé le 15 août 2011 à Antraigues (Ardèche), un an et demi après son ami Jean Ferrat.
 

Leprestdanslemicro.jpg


La mort ? Pas de quoi être tristes, mes enfants, expliquait-il en mai 2006 à des écoliers, quelques jours avant la présentation  du spectacle Pantin Pantine (conçu avec Romain Didier) à Rousset et à Venelles (Bouches-du-Rhône).

 


Dans ce nouvel article de la série, le « M » de LDLM signifie plutôt « manuscrit ». Pour le dossier que la revue trimestrielle Chorus lui avait consacré (n° 41, automne 2002), je l’avais longuement rencontré et il m’avait griffonné des textes sur des petits papiers, tel celui-ci en six épisodes (si vous avez du mal à le lire, vous retrouverez la version publiée dans Chorus en cliquant sur le dernier extrait).

 

 

Au café de Ménimontant, son bureau sur la place estampillée Jean Ferrat en mars 2015, il m’a demandé une feuille de papier, qu’il a déchirée artistement avant de tracer ces quelques lignes (vous pouvez cliquer idem sur elle).

 


Et puis, dans Le Jour d’à côté, l’album (BMG-RCA) enregistré en 2001 par Enzo Enzo, Allain a signé cinq textes, dont Nino (musique de Michel Amsellem), qui s’achève ainsi :
 

Il y croyait au tourneciel

au sud, aux chevaux et au miel

Un après-midi de faïence

a éclaté dans le silence

le même bruit quand s’élance

une larme contre un piano

Nino

 

 

Nino Ferrer était né un 15 août (il est donc mort l’avant-veille de ses 64 ans), et il avait chanté en duo avec Enzo Enzo lors d’une émission de TV, Taratata, en 1995.

 


 

Cette belle « Maison près de la fontaine », largement promue, cachait pourtant un peu trop la forêt de sa création profonde. Ce que l’artiste rappelle ci-dessous dans ce montage avec Blues en fin du monde, extrait de l’opus Concert chez Harry (Sun records /WMD – 1995). CQTC.

 

Nino Ferrer à DP (03/1987) + Blues en fin du monde

 

Bonus
Quelque temps après notre entretien et la sortie de l'article dans le quotidien l'Humanité, Nino Ferrer m'avait également envoyé un petit mot manuscrit. Salut l’artiste et merci encore (vous pouvez cliquer ici aussi) .

 

 

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 14:40

Deux bouquins, parus au printemps. À l’approche de ses quarante ans de carrière, Kent signe Dans la tête d’un chanteur (Castor music, 224 p., 14 €) ; de leur côté, Pierre Delorme, Floréal Melgar et René Troin publient La chanson des trois gars (L’Harmattan, 256 p., 25 €), une sélection d’articles de leur blog Crapauds et Rossignols. Deux ouvrages très différents que relient de nombreuses passerelles.

 

 

S’il est surtout connu comme auteur-compositeur-interprète, Kent a publié une vingtaine de livres, de la bande dessinée Sales amours (Les Humanoïdes Associés – 1982) au roman Vibrato (JC Lattès – 2007), en passant par des nouvelles, des récits pour la jeunesse et autres « poèmes érotiques illustrés ». C’est dire qu’il a la plume agile et le coup de crayon affûté. Il le démontre naturellement dans cet ouvrage qui reprend les chroniques quotidiennes de Vibrato (bis !), l’émission  qu’il a produite et animée en août 2013 sur France Inter. Après la préface de Didier Varrod (« Directeur artistique et de la Musique » de la station), il précise lui-même dans le Préambule : « À la manière du En avant la zizique de Boris Vian, j’ai tenté de synthétiser une vision générale du procédé de création en chanson. »

 

 

Introduisant par une caricature de son cru chaque chapitre, Kent en propose quinze (+ un court Postambule) tels Comment écrit-on une chanson ?, Comment devient-on chanteur ?, L’inspiration, Les paroles de chansons… jusqu’à Chanson et poésie et La chanson engagée. C’est à la fois didactique et plein d’humour. Entre ses souvenirs et des références aux Beatles, Brel, Dylan, Gainsbourg, Souchon, Bowie, Ferré, Barbara… l’artiste installe une réflexion tranquille. Ouverte. Documenté, sérieux (il cite ses sources avec précision), il se révèle très lucide et non dénué d’autodérision. Ainsi évoque-t-il la réaction de ce spectateur d’une émission de radio en public, qui le rattrape sur le trottoir, lui dit « combien il aime » ce qu’il fait, avant de lui demander… comment on devient chanteur : « Je me renseigne sur ses goûts  et ses motivations. Son idole à lui, c’est Michel Sardou. On papote en marchant jusqu’à la station de métro où je lui dis au revoir poliment. Je commence à descendre les marches lorsqu’il s’exclame, stupéfait : - Mais… vous prenez le métro ? Je réponds : - Oui, c’est direct jusqu’à chez moi… Il lâche alors, méprisant : - Ah, d’accord ! Et tourne les talons, vexé d’avoir perdu son temps avec un chanteur qui circule en métro. » On peut écouter les chansons citées, pour comprendre encore mieux ce qu’il y a « Dans la tête de Kent ». C'est ici et .

 

 

 

« Sur un réseau social, trois gars causaient chanson… » indique d’entrée de jeu (ils sont assez joueurs) la quatrième de couverture. L’auteur-compositeur-interprète Pierre Delorme a été lontemps professeur à l’École Nationale de Musique (ENM) de Villeurbanne ; cofondateur de Radio-Libertaire, Floréal Melgar fut pendant dix ans l’un des animateurs du Forum Léo-Ferré, petite salle d’Ivry-sur-Seine ; journaliste et auteur de huit livres, René Troin se définit en bref comme « expert chanson sans assurance. » Conçu en dix chapitres  introduction et coda non comprises, ce recueil présente un éventail d'articles publiés sur le site Crapauds et Rossignol pendant près de deux ans. Comme il ne reprend pas les photos de Chantal Bou-Hanna et les collages de Marie-Françoise Comte, le trio invite à aller le visiter.

On peut picorer ou lire en continuité. L’intérêt tient au cocktail diversité / complicité des Trois Gars (LTG). Connaisseurs et passionnés de chanson, ils se retrouvent sur l’essentiel, mais chacun distille sa petite musique. Floréal l’anar, qui a vécu au quotidien la programmation et la survie d’un lieu, n’oublie pas avec le temps et n’envoie pas forcément des fleurs aux « représentants de commerce à carte de presse » et notamment à telle « porte-parole du Tout-Paris branché ». De fait, il a croisé beaucoup d’oiseaux libres des petites scènes et c’est lui qui en chronique le plus (Yannick Le Nagard, Christian Paccoud, Yvan Dautin, Rue de la Muette, Sarcloret, Marie Baraton…) dans le chapitre de mise en bouche qui y est consacré, à travers Spectacles, CD, livres films et revues. Pour autant, évitant les resucées de textes écrits au jour le jour, l’essentiel est ailleurs, surtout constitué de réflexions bien senties, de souvenirs, d’anecdotes autour de la CFQ (Chanson Française de Qualité), label pris ici avec un salutaire recul de crapo-rossignolesque dérision, Delorme et Troin saluant à l’occasion les cousins Dylan and co. Ces deux-là, l’humour leur colle aux basques, le premier volontiers à piques. Les trois gaillards, les trois gamins, les trois galéjeurs… aiment aussi se lancer  des paris et pondent ainsi leur fable de La Fontaine, leur nouvelle chansonnière ou même pire. On n’est pas toujours d’accord avec eux et eux non plus, qui expriment leurs divergences dans trois éditos ultimes et une « conclusion » où (De)lorme ne cache pas la forêt : « Les chansons ne nous font pas réfléchir, elles “nous” réfléchissent. » CQTC.

 

Bonus : 

Kent - L'Éternité (album Le Temps des âmes, 2013)

 

Pierre Delorme - Je lisais dans ma chambre
(album Chansons toutes nues, 2002)

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 17:35

Le premier trimestre 2010 fut très douloureux pour les amateurs de chanson. Mais pas que… Avec la mort de Mano Solo le 10 janvier et celle de Jean Ferrat le 13 mars, deux générations étaient en larmes. Cinq ans après, un album aussi médiatisé que diversement apprécié a rendu hommage au second et, plus récemment, un double a réuni une vingtaine d’artistes et groupes pour un émouvant Solo, sous la houlette des Hurlements d’Léo.

 

 

Cadets naturels de l’anartiste écorché, les rejetons d’Léo l’ont repris dès leurs tout débuts, il y a vingt ans : « C’est sur les chansons de Mano Solo qu’on a appris la musique et commencé à jouer ensemble » rappelle Laurent Bousquet (guitare/chant)*. Et sur leur site officiel, la naissance de ce neuvième opus est présentée ainsi : « Chanter Solo. A huit. Hurler sa rage, porter son énergie rock, distiller sa poésie héritée des plus grands auteurs français. Cela ne pouvait qu'être eux. Les Hurlements d'Léo s'attaquent à Mano, en petits frères de la même trempe. Celle qui noue le ventre et illumine les rires. Celle qui rend la vie plus intense. Celle qui ne se résigne pas à voir les fascismes en tous genres ramper dans les cerveaux d'une France malade de ses peurs. Celle dont les colères se chantent haut et fort. »

 

 

Signe des (mauvais) temps, Les Hurlements d’Léo sont entrés en studio le 6 janvier, veille de l’assassinat de Cabu, le père de Mano. Leur projet n'en a été que conforté, catalysé par la force collective de compagnons de route et d'idées, du guitariste Napo Romero (qui a accompagné Mano Solo) à Francesca Solleville (Le Monde entier), Zebda (Les Habitants du feu rouge), Les Ogres de Barback (Sacré Cœur), Melissmell (La Rouille), Debout sur le zinc (Une image), Bertrand Cantat (Allez viens), Nilda Fernandez (Allo Paris), Mell (Y’a maldonne)… les Hurlements interprétant « tout seuls » plusieurs des vingt-six titres (Cristal Production / Irfan). Le résultat est remarquable, saisissant, même si beaucoup de Solo boys and girls (comme dirait CharlÉlie Couture) préfèreront sans doute l’original. L’un n’empêche pas l’autre et fait déjà découvrir les chansons de Mano à tout un nouveau public. CQTC.

 

 

* À Thomas Jonckeau, Sud-Ouest, 01/06/2015.

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 17:00

Disparu le 22 juillet 2004, Serge Reggiani aura été peu salué par les grands médias l’an dernier, dix ans tout juste après sa mort. Tant pis. Celles et ceux qui aiment « L’acteur de la chanson » (selon le titre de la biographie que je lui ai consacrée) n’ont pas oublié l’Italien natif de Reggio Emilia, qui reste d’une belle actualité en ces temps où politiques et incorruptibles ne font pas exagérément bon ménage.

 

CouvReggiani.jpg


Fin 1988, à la veille de l’année du  « Bicentenaire de la Révolution française » …et de ses vingt-cinq ans de chanson, Reggiani sort son premier album chez Tréma (après deux opus chez Canetti et une douzaine – live compris – chez Polydor) : Reggiani 89. Neuf des dix textes signés Claude Lemesle évoquent des prénoms de personnages célèbres : Camille (Claudel), Pablo (Picasso), Charlie (Chaplin), Adèle (Hugo)… « Sergio » a absolument tenu à ce qu’une des chansons soit dédiée à Robespierre, un personnage qu’il admire profondément, qu’il a incarné en 1962 dans une série télévisée italienne (Il Giacobini, photo ci-dessous) et dont il a enregistré des discours en 1978. L’artiste se révèle d’ailleurs insatiable dès qu’il s’agit de « Maximilien »...

 


Serge Reggiani à DP (15/03/1989) - 5'52
 

Pour autant, alors que son fils Stephan est membre du PS, Serge Reggiani refuse d’adhérer à un parti politique et précise : « Pour ce qui me concerne, je pense que bien faire son métier, le faire avec exigence, c’est aussi un acte politique. Je ne fais pas du tout mon métier comme les gens qui prétendent que la politique ne les concerne pas. Quand je prends une position politique, lors d’un gala ou d’une manifestation, à travers une pétition (je n’en abuse pas, mais je le fais plus souvent que vous ne croyez), c’est le citoyen Reggiani qui exerce ses droits. Je suis citoyen comme tous les autres. Si mon appui peut être utile, tant mieux. »* Il se trouve qu’il a le même arrangeur que Jean Ferrat, Alain Goraguer, qui a composé la mélodie de Maximilien. CQTC.

 



 

* À Jean- Paul Liégeois, L’Unité, 17 juin 1977.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 09:30

Retour chez l’ami Allain après quatre mois et demi sans article sur ce blog, qui pourraient inciter à penser « Y’a rien qui s’passe » (sur Facebook, j’ai prévenu que nous sommes en train de vendre notre trois pièces de 70m2 à Ménilmontant en vue de notre déménagement à Bordeaux et que si ça vous chante, il suffit de me contacter en privé)… Bref, après les trois extraits d’entretien datés de janvier 1987, où le chanteur parle de ses débuts à Paris et de son rapport à l’écriture, suit un autre inédit, vocal celui-là.

 

Leprestdanslemicro.jpg

 

Souvent, à propos de Leprest, on évoque Brel ou Ferré. Il existe – au moins – un point commun avec Brassens : ni l’un ni l’autre n’envisageait au départ de monter sur scène. C’est une certaine Patachou qui y a poussé le père Georges et si Allain s’y est résolu, il n’en souligne pas moins l’importance de Renée « Devaigerie » (en fait, Devainegie) du cabaret la Bolée, lors de ses débuts à Paris.

 


LDLM n°5a (5/01/1987) - 3'25

 

La chanson étant un écho-reflet de l’Histoire et de nos histoires personnelles, chacun(e) reconnaîtra les siennes chez Leprest. Pour autant, un titre franco de port déjà cité comme Y’a rien qui s’passe a suscité une unanimité immédiate, par sa dimension humaine, son vécu, sur le premier album (Mec, qui rime avec « profil grec » !) du trentenaire. Il lui donnera d’ailleurs une suite (Quel con a dit ?) en 2005.

 


Y'a rien qui s'passe Allain LEPREST par damiennison

 

S’il s’interroge sur ce qui le pousse et jusqu’où, Leprest s’est sûrement souvenu de ces réflexions d’Aragon : « Je n'ai jamais écrit mes romans, je les ai lus. Tout ce qu'on en dit, en a dit, en dirait, sans cette connaissance préalable du fait, ne peut être que vue a priori, jugement mécanique, ignorance de l'essentiel. Comprenez-moi bien : je n'ai jamais su qui était l'assassin. » (1)

 


LDLM n°5b (5/01/1987) - 3'39

 

Que signifie écrire vite ? Cette notion se révèle très relative. La vitesse des uns recouvre la lenteur des autres. Avec le fait qu’en matière de chanson on ne sait parfois plus très bien à quel moment on a commencé à bidouiller tel couplet dans sa tête. Leprest l’a dit et répété, il a toujours eu des « accouchements » difficiles, malgré les brouillons accumulés…

 


LDLM n°5c (5/01/1987) - 2'47

 

Inspiration oblige, cet insaisissable processus d’écriture ne l’a pas empêché d’offrir très vite un texte à son pote Gérard Pierron, qui lui avait raconté comment il avait gagné son manger en chantant dans des bars à marins (des « terr’ neuvas ») de Saint-Malo : « Vous racontez un souvenir de votre vie à Allain Leprest et il vous en fait une chanson qui vous prend à la gorge. » (2) Soit Dragues, que Pierron a mis en musique. Leprest l’interprète ici devant des jeunes des ACP (Ateliers Chanson de Paris) en compagnie de l’accordéonniste Bertrand Lemarchand. Il le reprendra (voir Bonus) avec François Lemonnier dans l’opus Parol’ de manchot, paru en 2009 au Chant du Monde. CQTC.


LDLM - Dragues (12/02/1987) - 2'57

 

(1) - Extrait du livret de Carnet de bord, album de Gérard Pierron, Le Chant du Monde, 2003.
(2) - Louis Aragon, Je n'ai jamais appris à écrire ou Les incipit (1969).

 

Bonus :

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 19:40

Dès la semaine prochaine, dans les médias, on va beaucoup parler de Jean Ferrat, disparu il y a cinq ans, le 13 mars. Un disque d’hommage et une « grande » émission sur France 2 sont d’ores et déjà annoncés… Comme une exposition de portraits et de peintures d’Allain sera également dans l’actualité (certes de façon beaucoup plus discrète), j’ai eu envie d’associer les deux chanteurs dans ce quatrième épisode de la série LDLM.

 

Leprestdanslemicro

En avril 2010, lorsque j’ai demandé à Allain un texte sur Ferrat pour la biographie que j’écrivais (« Je ne chante pas pour passer le temps », Fayard), cela s’est révélé un peu compliqué. Bref, à son « bureau » du café (littéraire) Ménilmontant, où je le croisais quasi-quotidiennemment, je l’ai interviewé une nouvelle fois et j’en ai tiré quarante lignes qu’il a validées en me rappelant que l'ami Jean avait « emmusiqué » cinq ou six de ses textes* et qu’il lui avait toujours rendu « d’énormes services » dans sa carrière. Et surtout, que pour sa famille et les milieux populaires, il occupait une place à part…

 

AL-manuscrit-4a.jpg

LDLM n°4a (avril 2010) - 1’18
 

À propos de « Café littéraire », Allain a enregistré la chanson sur son album éponyme ci-dessous (disques Meys, 1988) et une musique de Romain Didier. Il la chantait auparavant sur une autre de son cru, comme en témoigne cette version très live (Bertrand Lemarchand est à l'accordéon) lors de sa rencontre déjà évoquée avec les jeunes des Ateliers Chanson de Paris, en février 1987.

 

AL-cd2Meys.jpg

 LDLM n°4b (12/02/1987) - 2’34

 

Leprest aimait dessiner et peindre. De cette peinture qu’il pratiquait quand il n’avait « rien à dire », nous en avions parlé en vue d’un article dans le n° 6 de Chorus de décembre 1993. Si le coup d'œil vous en dit, il se trouve que le photographe Rémi Le Bret, d’Antraigues (en Ardèche), présente une exposition de ses portraits et de ses peintures, du 3 au 21 mars, à la Bibliothèque de Doué-La-Fontaine** (Maine-et-Loire).

AL-RemiLeBret.png

LDLM n°4c (16/09/1993) - 2’50
 

S’il a multiplié les croquis, collages et extrapolations diverses dans ses portraits saisis au fil du quotidien (Mec, Bilou, Joséphine et Séraphin, Saint Max, L’Horloger, Le Père La Pouille, Chien d’ivrogne…), notre haut-couturier a également signé Le Peintre (musique de Christophe Gracien, album On s’ra jamais vieux, 2003) pour son amie Francesca Solleville qui en a épousé un, de peintre : Louis de Grandmaison.

 

 

Quant à Jean Ferrat, touché « immédiatement » par l’originalité des chansons d’Allain et « les climats certains qui les imprégnaient », il partageait son goût pour la peinture, présente dans son œuvre comme dans la poésie d’Aragon. Témoin Les Oiseaux déguisés (album Ferrat 95, 16 nouveaux poèmes d’Aragon)… « sa petite faiblesse ». CQTC.

 

Jean Ferrat à DP et Fred Hidalgo (27/10/1994) - 1’17
 

 

 

* Sinon sept, respectivement enregistrés par : Juliette Gréco (Le Pull-over, 1983), Isabelle Aubret (Berceuse à 'tit Louis, 1984), Linda de Suza (On était pas riche, 1985), Karim Kacel (J’ai peur, 1986), Francesca Solleville (Paris Chopin, 1994 – Appelle-moi Luciole, 1995 - Donne-moi la phrase, 2007 (merci à Nicolas Brulebois qui m'a permis de corriger deux erreurs).

** Entrée libre, 3 place Théophane Venard (tél. 02 41 59 18 53).

 

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 12:38

José Artur aimait et connaissait la chanson. Lorsque je l’avais interviewé par téléphone pour ma biographie d’Anne Sylvestre, il m’expliquait qu’il l’avait très vite programmée au Pop Club, parce qu’avec ses collaborateurs, Claude Villers en tête, ils la trouvaient « authentique » et qu’ils n’avaient pas besoin à l’époque « de tous ces yé-yé de merde qui envahissaient les écrans faciles ». En décembre 2013, quand il m’a accueilli chez lui pour parler de Serge Reggiani (qui avait quasi créé Arthur, où t'as mis le corps ? au «  Pop », j’ai passé un moment délicieux et drôle… en compagnie annexe d’un chien gourmand et d’une horloge sonnant tous les quarts d’heure. Mon hôte m’a alors proposé plusieurs photos et raconté une anecdote du temps où il était comédien et secrétaire de François Périer…

 

Artur-SR-culs-300.jpg

 Sur Dullin et Reggiani - 1’52

 

Dans ma biographie de Reggiani (L’Acteur de la chanson, Fayard, mai 2014) figure une photo plus classique où l’animateur de France Inter est en compagnie de Serge Reggiani, Yves Montand, Simone Signoret et Pierre Perret. Au cours de notre discussion, il fera souvent allusion à la rivalité entre Montand et Reggiani, le second ayant été chanteur après le premier, mais acteur d’abord, comme le montre l’affiche ci-dessous. D’où la réflexion d’Artur… qui n’en rate jamais une.

 

Piaf-Reggiani-Etoile.jpg

Sur Piaf et Montand - 0’16
 

Également auteur de plusieurs livres (dont les deux ci-dessous aux titres significatifs, de 1974 et 2011), il avait comme personne le sens de la formule. Ainsi quand il évoquait les « ritals », leur côté macho et l’importance de leur sexe…

 

Artur-livres.png

Du sexe masculin - 0’36

 

 

À propos de personnes qu’il aimait bien, mais dont il n’avait plus de nouvelles depuis longtemps (comme Jean-Loup Dabadie), il ne pouvait pas s’empêcher de lancer de petites piques…

 

Sur Jean-Loup Dabadie - 0’17
 

 

Et comme je lui disais que je lui rapporterai après usage tous les documents qu’il me confiait, le rigolard qui en 1985 avait lu sa propre « nécro » sur France Inter (c’est ici) en citant Wolinski (d’où la photo du haut de page), teintait son humour d’une certaine désillusion. Salut l'Artiste.

 

Désillusion - 0’18
 
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 11:00

Allain Leprest aurait sans doute pu chanter cette « haine » comme il a chanté Je hais les gosses. Au « second degré », il va de soi, vous le constaterez dans la version maison qui réjouit ce troisième épisode de la série LDLM, laquelle troque exception- nellement le M de « micro » contre celui de « musée », voire de « Médoc », puisque les jeudi 15 et vendredi 16 janvier s’est tenu au Musée d’Aquitaine de Bordeaux un colloque en hommage à son irrévérent auteur.

 

Leprestdanslemicro

«Intitulé « Quand auront fondu les banquises », ledit colloque était organisé par des universitaires bordelais (Pascal Pistone et Julie Mansion-Vaquié) et valenciennois (Stéphane Hirschi), tous fous de chansons qui ont créé des cursus diplômants et auxquels s’était acoquinée une homologue parisienne (Cécile Prévost-Thomas) pour animer les séances. Ainsi, jeudi après-midi, le jeune universitaire rennais Fabien Rouan a planché sur la découpe des couplets d'Allain, Michel Trihoreau (ancien journaliste de Chorus et collaborateur du site Nos enchanteurs) sur « l'espace vécu » (les régions, villes et pays qui habitent ses chansons), Didier Pascalis a raconté sa découverte d'Allain et son parcours de producteur à ses côtés et aujourd'hui encore, extrait de l’émouvant DVD d’entretien avec Jean-Louis Foulquier à l’appui. Comme on déplorait l’absence de divers intervenants annoncés*, j'ai proposé de lire en le commentant au passage Menuisier de mots volés (article de trois pages portant sur « l'œuvre » au cœur du dossier paru à l'automne 2002 dans le n°41 de Chorus), avant de participer à une très jolie « table ronde » (sans table) avec des artistes et amis historiques d’Allain : Francesca Solleville, Gérard Pierron et le pianiste Jean-Louis Beydon.

 

AL-Tableronde-Bdx.jpgAvec Jean-Louis, Francesca et Gérard (photos : Pascal Pistone)
 

Pour illustrer de façon symbolique cet après-midi d'unis vers Cythère (comme l'aurait à coup sûr - au moins - pensé Leprest), des élèves du Collège Émile-Combes reprenaient C'est peut-être, sous la direction bienveillante de leur prof Yolande Barbier. En soirée, sur la scène intime des Lectures Aléatoires, le concert se poursuivait avec des étudiants de la Licence « Chanson d’expression française, Jazz et Musiques actuelles » de l’Université de Bordeaux-Montaigne. Pour autant, aucun n'interprétait cette chanson gamine que son auteur-compositeur avait risquée - et commentée - à ma demande, devant les sales gosses des ACP (Ateliers Chanson de Paris) en février 1987, avec Bertrand Lemarchand à l'accordéon...

 

AL-collegiens-etudiants.jpg

LDLM n° 3 - Je hais les gosses - 4’00
 

Succédaient aux étudiants émérites des invités nommés Yann Denis, Clémence Savelli, Céline Pruvost et Guillaume Allardi (du groupe Metamek, avec l’accordéonniste Armelle Dousset), la plupart accompagnés au piano par Jean-Louis Beydon, Julie Leroux et l’infatigable Pascal Pistone, ainsi qu’aux percussions par Jean-Luc Bernard. Puis, cerises sur le gâteau, Francesca Solleville, Gérard Pierron et Françoise Kucheida interprétaient respectivement Les p’tits enfants d’verre, Good bye Gagarine, Combien ça coûte et quelques autres merveilles… Le tout composant une soirée certes contrastée (Leprest, c'est dense, surcharge s'abstenir), mais d'abord émouvante et conviviale.

 

Al-colloque-diapos.gif

Très dense, la matinée du lendemain allait se terminer vers 14h. Ponctuées de documents et d’extraits sonores (François Lemonnier, le complice d’Allain pour l’opus Parol’ de manchot de 2008 prenant même sa guitare, chansons-cadeaux à la clé), les communications analysaient d’abord les « collaborations et héritages », des débuts avec le compositeur-chanteur Didier Dégremont selon le journaliste Nicolas Brulebois**, suivi du témoignage panoramique « Chante toujours Leprest » de Cécile Prévost-Thomas. Quatre autres universitaires détaillaient alors ce qui touche et fait mouche chez Leprest : la Picarde Céline Pruvost (appréciée sur scène la veille) multipliait les citations façon « Lepresque », le Toulousain Jean-Pierre Zubiate cernait sa « dynamique de l’éraillement », Pascal Pistone résumait ce qu’il appelle « justesse et tonalité dans la chanson à texte » et Stéphane Hirschi soulignait la dimension poignante de l’auteur-interprète. Résultat des courses : un riche colloque à la fois très universitaire et (Alla)informel, dont la publication prochaine des actes est d’ores et déjà attendue de pied ferme. CQTC.

 

Chanson de l'album éponyme de 2008 (musique : Romain Didier)

 

* Notamment de Claude Lemesle (à l'enterrement de Wolinski)  et de Norbert Gabriel, (à cause d'un problème de transports parisiens) dont le thème de la communication était : « L’homme qui sculptait ses chansons ».

** Auteur du livre Allain Leprest – Gens que j’aime (Jacques Flament Éditions, novembre 2014). 

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 00:00

À l’automne 2002, la revue Chorus consacre l’un de ses deux dossiers principaux à Allain Leprest*. Il y parle bien sûr de son enfance (nous y reviendrons) et rappelle qu’avant de devenir agent d’entretien, son père avait été menuisier. Et il ajoute : « C’est probablement une des origines de ma carrière… J’ai poursuivi ça longtemps au niveau des mots…/… cette technique de l’emboîtage. »

 

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Dans la partie dédiée à l'analyse de son œuvre et intitulée « Menuisier de mots volés », j’écris alors à ce propos : « La forme – d’apparence volontiers classique – explose de plus en plus sous la gerbe de copeaux des mots, matière première volée, saisie au comptoir quotidien de la rue. » Loin de tout académisme…

 

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LDLM n°2a - 5/01/1987 - 0’46

 

Ainsi la technique d’écriture d’Allain Leprest se révèle-t-elle très personnelle. Toujours en liaison avec la vie des gens « ordinaires », celle des quartiers populaires, où qu’il aille. Et lorsqu’on l’invite au Québec pour devenir un « artiste-pédagogue », il y va « pour ne pas rater le voyage et rencontrer des gens », mais sa pratique naturelle revient très vite au galop, cinq kilomètres à la clé. CQTC.


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LDLM n°2b - 16/09/1993 - 2’06


* Allain Leprest - Homme de la Manche, Chorus n° 21.


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Published by Daniel Pantchenko - dans Chanson
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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 15:35

Après une vingtaine d’articles en sept ans, voici du Leprest sur paroles. Une série de courts extraits sonores, captés dans des endroits divers et variés, lors des multiples entretiens que nous avons eus Allain et moi, tout au long de sa vie professionnelle. Premier épisode, le « poète », terme qu’on lui accole à tout-va aujourd’hui.

 

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Par facilité merdiatique ordinaire, le mot « poète » est servi à toutes les sauces pour qualifier le moindre chanteur ou la moindre chanteuse soucieux d’écrire quelques vers un peu originaux. Si le « grand » public (qui n’est d’abord « grand » que par la taille) emboîte naturellement le pas, d’autres, réputés plus avisés, dérapent volontiers sur le concept valorisant. Dans ce premier extrait, Allain explique pourquoi il a troqué la poésie pour la chanson et ce qui les différencie à ses yeux.


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LDLM n°1a -  5/01/1987 - 2’58

La chanson digne d’intérêt, tous goûts et tous styles confondus, ne serait-elle pas « un art à part entière », pour qu’il soit nécessaire de lui apposer (imposer !) une décoration externe ? Supérieure ? De la raccrocher au jazz ou à la poésie, par condescendance plus ou moins volontaire* ? Leprest a peut-être évolué ensuite à ce sujet, mais dans cet échange de la même époque avec des jeunes des ACP (les Ateliers Chanson de Paris, initiés par Christian Dente**), il convoque Brassens et compagnie et refuse sans ambiguïté de porter le chapeau panthéonique national. CQTC.

 

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LDLM n°1b - 12/02/1987  -  2’57

 

 

* Bien sûr, je ne me mets pas en dehors du coup et j’y ai forcément cédé par commodité de jeunesse ou simple flemme conjoncturelle.

** ACP installés alors au Carrefour de la Différence, passage Courtois , Paris 11e , après la fermeture de La Tanière, qui elle était dans le 13e ("je vous parle d'un temps...").

 

 

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Published by Daniel Pantchenko - dans Chanson
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