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  • : Chansons que tout cela... (CQTC)
  • : Au cœur et autour de la chanson francophone, encore si méprisée des gens de pouvoir et de médias, alors qu'elle est vivante comme jamais au quotidien et dans l'Histoire en marche...
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  • Daniel Pantchenko
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. « Léo Ferré sur le Boulevard du Crime » en 2016. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. « Léo Ferré sur le Boulevard du Crime » en 2016. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...

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29 décembre 2007 6 29 /12 /décembre /2007 13:38
Le 21 décembre, Henri Salvador a tiré sa révérence scénique. Mais le saviez-vous, son récent ralliement à Nicolas Sarkozy pointait déjà dans plusieurs de ses chansons ?...

D’abord, salut l’artiste et espérons que cette retraite H.S. à 90 ans ne donnera pas des idées à ceux qui ne rêvent que d’en repousser l’âge limite pour tous. Quoi qu’il en soit, « faut rigoler, faut rigoler » suggérait l’intéressé dès 1960, sur des paroles de Boris Vian. Coïncidence savoureuse, deux ans plus tôt, les mêmes subodoraient le sarko-footing (Moi, j’préfère la marche à pied) et dédiaient une ode à la future ex-Présidente de la République, Cécilia (« Cécilia t’es la plus belle / Viens danser la mazurka »), la symbolique Marianne figurant sur le même 25cm. Ainsi, il faut bien le déplorer, qu’un sarko-couac (Je peux pas travailler) préfigurant Le travail c’est la santé de 1965 : « Le travail c’est la santé / Rien faire c’est la conserver / Les prisonniers du boulot / N’font pas de vieux os ».

Salvador80090.jpg

Heureusement, l’année précédente, le futé M. Henri avait brossé un sarko-portrait visionnaire plus que jamais d’actualité, d’infirmières bulgares en pêcheurs bretons et autre Pape de saison : Zorro est arrivé. Au sujet des élections, il avait dès 1954 concocté la Chanson douce tripartite Bayrou, Royal, Sarkozy sous le titre original un poil partisan : Le loup, la biche et le chevalier. Et le finaud avait même prévu en 1956 un titre pour Ségolène Royal à destination de François Bayrou : Quand je monte chez toi.


Pour les amours de not’ bon Président chez Mickey, c’était Minnie petite souris (1963), voire Cherche la rose (1980) alliant le débauchage d’une star « de gauche » à celui de pontes du PS. Enfin, à propos de l’accord nucléaire sonnant et trébuchant avec le colonel Kadhafi visant à dessaler de l’eau de mer, un titre de 2000 s’impose : Faire des ronds dans l’eau. CQTC.

Bonus (extraits d'une interview par DP le 20/12/2000) :
1 - « Je déteste le rock »  (1'45) : En 2000, Henri Salvador connaît un succès inespéré avec Chambre avec vue et le genre de « belles chansons » qu'il affectionne. Son album précédent, Monsieur Henri, avait été enregistré en 1994 à New York, sous la houlette du producteur Mick Lanaro.



2 - A propos de Zorro est arrivé (1'37) : Selon certains journalistes, Salvador avait qualifié de « merde » la chanson. Il dément et nuance le propos.




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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 20:54
On n’en voudra pas à Tino, paix à son âme. Mais en France comme ailleurs, chanter Noël ne saurait se résumer à son gentil « Petit Papa ». A bas la pensée unique, voici trois Joyeux Noël, très différents.

Barbara-Rosaz.jpg

Humour tendre oblige, place d’abord à celui de Barbara (disparue il y a dix ans et un mois), un Joyeux Noël extrait de l’album Le Soleil noir (1968), et dont on peut entendre gratuitement un extrait sur le formidable site de l’INA, ici. J’ai découvert cette chanson grâce à Mathieu Rosaz, qui en 2002 a consacré son second album à la « longue dame brune » (production Le Loup du Faubourg) et c’est sa version que j’ai envie de vous faire entendre.


Leprest.jpgSigné Rémi Tarrier / Claude Préchac, le second Joyeux Noël est interprété par Allain Leprest (lui qui fait actuellement l’objet d’un très bel hommage – d’Olivia Ruiz, Daniel Lavoie, Jacques Higelin, Hervé Vilard, Sanseverino... -, dont j’ai parlé le 7 décembre), exercice très rare chez un auteur de sa densité. Allain l’a enregistré sur son album 4 de 1994 (Saravah), mais j’avais découvert la chanson dix ans plus tôt grâce à un trio féminin décapant, les Classées X, trio aujourd’hui dispersé dans d’autres aventures.

 
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Enfin, le troisième Joyeux Noël vient de Ni vue ni connue (2005, Caroline Productions), premier CD d’une toute jeune femme à l’écriture et au caractère bien trempés, Marie Cherrier, passée par les Rencontres d’Astaffort chères à Francis Cabrel. Une demoiselle à suivre et qui vient d’ailleurs de sortir un second album pas dégueu, Alors quoi ? Mais ceci est une autre histoire... CQTC.



Mathieu Rosaz - Joyeux Noël - 3’01



Allain Leprest - Joyeux Noël - 3’



Marie Cherrier – Joyeux Noel - 4'32


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23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 16:15
De Jean-Jacques Goldman à Abd Al Malik, de Francis Cabrel et Alain Souchon à Bénabar et Jeanne Cherhal, d’Hugues Aufray et Yves Duteil à Thomas Fersen et Cali... tous l’ont affirmé à leur manière, haut et fort : « Chorus doit vivre ! ». Tous. Des centaines. Chanteurs connus ou inconnus, professionnels du spectacle et de l’audiovisuel, journalistes de presse écrite et surtout amoureux de la chanson de l’espace francophone... tous soutiennent la revue trimestrielle Chorus, les cahiers de la chanson, quinze ans d’âge, « la Bible » comme on la surnomme souvent.

Au début de l’automne, coup de tonnerre, Chorus a failli disparaître pour cause de difficultés financières et a été contraint de publier un numéro (61) amputé de moitié (100 pages au lieu de 200) avec un édito alarmant : « Mourir d’aimer ? ». Mais la mobilisation a été telle que le n° 62 d’hiver, qui vient de sortir, retrouve des couleurs et consacre sa couverture et 17 pages à ces soutiens dont on peut trouver la quasi-intégralité sur le site de la revue, dont le directeur de la rédaction,
Fred Hidalgo, annonce le renouveau : « Disons que Chorus était moribond cet automne et qu’il est convalescent cet hiver. Mais “quand l’printemps reviendra”, il retrouvera sa forme, son épaisseur normale. »

couvChorus62.jpg

Outre une bonne part de ses chroniques habituelles (disques, livres, festivals, coulisses, informations diverses), le numéro actuel propose de nombreuses rencontres : Amélie-les-crayons, Vincent Baguian, Henri Tachan, Dominique A, Thomas Dutronc, Katel, Volo, Les Blaireaux, Fabiola Toupin, Yvan Cassar...  Le site  (www.chorus-chanson.fr),
mis à jour progressivement, en donne déjà une idée alléchante.

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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 14:53
Hier, en écrivant mes quelques lignes sur la visite de not’ bon Président au Pape, j’ai failli conclure benoîtement : « Voilà, après l’église, il ne lui reste plus qu’à foncer saluer l’armée ! » Et bien, c’est fait. Au pas de charge, en cinq heures et en Afghanistan. Alors pour le coup, c’est une chanson de Jean Ferrat qui s’impose : Le sabre et le goupillon, un titre de 1965, sur le même album que Potemkine. CQTC.

free music
 
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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 00:00
Jusqu’à présent pour cultiver sa com, not’ bon Président avait besoin de soupapes, telle son idylle avec une très glamour top-chanteuse histoire d’estomper la visite du vieux campeur envahissant. Depuis hier, ça rigole plus. Fini l’artisanat. Du romantique, il passe au Rome pontifical, de la Bruni au papal. Sa sainteté Benoît XVI (Benoît treize et trois, comme dit Allain Leprest), auprès duquel son Jean-People II de prédécesseur faisait presque figure de gauchiste. Vive la séparation de l’Église et de l’État, le chanoine Sarkozy est arrivé ! Plus rapide que les clercs, à l’inverse de ses ouailles, il chope la crise de foi avant le réveillon. En people 1er de France, pote d’Hallyday, Sardou et cie, va-t-il enregistrer un CD-Rome avec le pape ? Il a prévenu, avec lui « tout devient possible ». Sans aller jusque-là, faudrait peut-être pas confondre croyance et crétinté...

undefinedThibaud Couturier (photo DP)

Tout ceci m’a suggéré deux chansons un rien iconoclastes et trop méconnues, l’une de trente-sept d’âge, « M. le Pape », de Jean Sommer (pour avoir évidemment vieilli, les arrangements sont de Barthélémy Rosso, alors guitariste de Brassens), l’autre de 2001, « Lettre à Église » de Thibaud Couturier, chanteur originaire du sud-Ouest dont le premier disque fut produit en 1996 par Francis Cabrel. Enregistré en public le 11 novembre 2006 à Toulouse, son petit dernier s’intitule Thibaud Couturier fait son défilé et va bientôt accoucher d’un DVD (c'est ici). De son côté, Jean Sommer a renoncé à la chanson depuis 1995, pour s’orienter vers la direction artistique vocale et corporelle. Depuis deux ans, après avoir été « coach d’entreprise » à Radio France, il a créé une société de conseil autour de la voix (c'est là).

Note : cet article avait malencontreusement disparu durant quelques jours, début février. Je l'ai moi-même réintégré.



Jean Sommer - M. le Pape - 2’50



Thibaud Couturier – Lettre à Église - 3’32


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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 11:10
Points de vue, images d’immonde

Pub gratos pour le magazine people du gratin (Point de vue, ex Images du Monde), toutes les radios ne bruissent que de cela ce matin (Quelqu’un m’a dit, Quelqu’un m’a dit...), not’ bon Président s’est laissé ingénument tirer le portrait avec Carla Bruni. Nouvelle Cécilia ? C’est, dit-on, comme s’ils l’avaient communiqué. De fait, ils ont surtout connu Mickey, puisque les clichés ont été pris à Disneyland, signe fort en direction de l’administration américaine après la génuflexion caractérisée devant un colonel campeur, et clin d’œil à l’opinion publique hexagonale : not’ bon Président a un cœur, il passe instantanément du business model au top model. Décor oblige, l’idylle accouchera-t-elle d’une souris ? Les exégètes s’interrogent : si la belle enregistre chez Naïve, elle est aussi résidente monnaiegasque...


Arnulfh9cm.jpg

Autre Point de vue beaucoup plus émouvant, d’un autre couple dont on ne parlera pas. Celui de Martine Merri et Jean Arnulf. Comédien puis chanteur au répertoire contestataire voire antimilitariste, Jean a mené une courte carrière de 1963 à 1968 (avec un retour sur 30 cm en 1976 et un duo avec Hélène Martin l’année suivante), mettant essentiellement en musique des textes de sa femme Martine. Deux de ces textes, au moins, on particulièrement marqué les esprits, Point de vue précisément en 1963 (magnifiquement interprété ensuite par Christine Sèvres, la femme de Jean Ferrat) et Chante une femme (« Pour son enfant mort au Vietnam ») en 1967. Jean Arnulf est mort dans le dénuement et l’oubli quasi-total le 25 mars 2007 dans une maison de retraite du 13 arrondissement de Paris [cf. Chorus 60, p. 175], quelques semaine après que la revue Je Chante et quelques amis aient organisé une petite fête pour ses 75 ans.


Images d’immonde. Au moment où s’affiche le point de vue des people, les sans-logis crèvent de froid et le chant de Martine et Jean garde une actualité totale. CQTC.

Faudrait voir à pas mélanger
Les torchons avec les serviettes,
Le caviar et la vache enragée
Les clochards avec les starlettes

Moi j'dis qu' l'hiver a pas l' même goût
Selon comment on le regarde.
Moi j'dis qu' l'hiver a pas l' même goût
A Megève ou sous l' pont de Saint-Cloud

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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 16:31
Hier, c’était le 11 décembre, et dans ma tête, l'intrusion de Kadhafi m'a ramené au 11 septembre. Une date terrible. Terroriste. Qu’on associe toujours aux milliers de morts new-yorkais des tours jumelles en 2001, et c’est bien normal. Mais qu’on oublie trop souvent d’associer au coup d’État d’Augusto Pinochet au Chili, en 1973, qui allait faire beaucoup plus de victimes encore, des années durant.

Hier, c’était donc quelque part un 11 septembre, et la France accueillait en grandes pompes (funestes) le Pinochet libyen, colonel de son État, le chéquier entre les dents. Pendant qu’il tenait pognon sur rue avec not’ bon Président, une petite sous-ministre conjugua le verbe ramer au passé simple. Trop simple. Très passé.


Brua-l8cm.jpg

Hier, le 11 septembre 1973, au Chili, le chanteur Victor Jara était arrêté et emprisonné. Quatre jours plus tard, il était assassiné de façon particulièrement barbare. Dans son dense album La Trêve de l’aube (Chant du Monde, 1975), Jean-Max Brua [décédé en 1999 ; cf. Chorus 28, p. 181] lui dédie la chanson Jara et publie l’insoutenable texte qui suit, « Témoignage de Miguel Cabegas sur la mort de Victor Jara, chanteur populaire, assassiné par la Junte au stade Chile » :

« Les détenus qui n’avaient ni mangé ni bu pendant trois jours vomissaient sur les cadavres de leurs camarades étendus par terre... A un certain moment, Victor descendit près de la porte par où entraient les détenus, et là il se heurta au commandant. Celui-ci le regarde et fait le geste de celui qui joue de la guitare (Victor est un poète et un guitariste très connu)... Victor sourit tristement en faisant oui de la tête. Le militaire sourit à son tour, content de sa découverte. Il appelle quatre soldats pour immobiliser Victor et ordonne qu’on apporte une table au centre de la scène pour que tous assistent au spectacle qui allait se dérouler devant eux. On amena Victor et on lui ordonna de mettre les mains sur ta table. Dans les mains de l’officier, une hache apparut (quelques jours plus tard, ce même officier déclara à la presse étrangère : “J’ai deux beaux enfants et un foyer heureux”). D’un coup sec, il coupa les doigts de la main gauche, puis d’un autre coup, ceux de la main droite. On entendit les doigts tomber sur le sol en bois ; ils vibraient encore. Le corps de Victor s’écroula lourdement. On entendit le hurlement collectif des six mille détenus. Ces douze mille yeux virent le même officier se jeter sur le corps de l’artiste en criant “Chante maintenant pour ta putain de mère” et continua à le rouer de coups. Pas un de ceux qui était là ne pourra oublier le visage de cet officier, la hache à la main, les cheveux en désordre...

Jara.jpgVictor recevait les coups de pieds alors que le sang coulait de ses mains et que son visage devenait violet. Tout d’un coup, Victor essaya péniblement de se lever et, comme un somnambule, se dirigea vers les gradins, ses pas mal assurés, les genoux tremblants, et l’on entendit sa voix qui hurlait : “On va faire plaisir au commandant”. Après quelques instants, il réussit à se dresser et, levant ses mains dégoulinantes de sang, d’une voix angoissée, il commença  à chanter l’hymne de l’Unité populaire, que tout le monde reprit en chœur. Pendant que peu à peu six mille voix s’élevaient, Victor de ses mains mutilées, battait la mesure. On vit un sourire étrange sur son visage... C’était trop pour les militaires ; on tira une rafale et Victor se plia en avant comme s’il faisait une révérence devant ses camarades. D’autres rafales partirent des mitrailleuses mais celles-ci étaient adressées à ceux qui avaient chanté avec Victor. Il y eut un véritable écroulement de corps, tombant criblés par les balles. Les cris des blessés étaient épouvantables. Mais Victor ne les entendait plus. Il était mort. »

La même année que Jean-Max Brua, le chanteur poète wallon Julos Beaucarne raconta cette sinistre exécution dans Lettre à Kissinger (Henry Kissinger, secrétaire d’Etat américain du gouvernement Nixon) et en 2004, le Suisse Michel Bühler signait Chanson pour Victor Jara, dans son album Chansons têtues (EPM). Alors quand je vois l’Histoire se vautrer en kadhafric et sarkorama, j’entend une petite voix essentielle qui me dit : « Souviens-toi des doigts de l’homme ». CQTC



Jean-Max Brua – Jara - 3’09


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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 11:16
Il y a cinq ans, en ouverture du dossier que Chorus (41) consacrait à Allain Leprest, j’écrivais : « Si la leprestmania ne déferle pas encore, c’est par surdité et aveuglement manifestes des médias ». Une superbe session de rattrapage leur est offerte avec la sortie de Chez Leprest, disque d’exception, hommage d’artistes d’une diversité étonnante à un prince populaire du verbe, un « ouvrier du rêve », comme disait Nougaro qui l’adorait.

ChezLeprest.jpg

La réussite tient ici à une alchimie d’apparence simple, mais rarement réalisée : mettre en valeur les mots  sans sacrifier la musique. Romain Didier, il est vrai, connaît son Leprest par cœur. Sans frime, son piano et ses arrangements font merveille, s’inscrivent dans le temps du classique, de l’inaltérable. Du coup, la voix si personnelle d’Olivia Ruiz mord formidablement le silence avec cette goûteuse incongruité, Tout c’qu’est dégueulasse (
« a un joli nom »), Daniel Lavoie tutoie l’émotion d’un lapidaire Nu, Jacques Higelin se remémore La Courneuve avec une intensité sobre exemplaire, Loïc Lantoine incarne impec le Mec de son pote Allain... et tout s’enclenche à l’avenant durant seize chansons, de Sanseverino au duo de l’auteur avec sa fille Fantine (Une valse pour rien), en passant par Mon côté punk, Michel Fugain, Nilda Fernandez, Hervé Vilard (belle surprise), Agnès Bihl, Jean Guidoni, Enzo Enzo, Jamait et Jehan. Fille, épouse, ami(e)s, tout le monde craque sur cet album produit et réalisé par Didier Pascalis de Tacet (distribution : L’Autre Distribution), déjà à l’œuvre avec Véronique Rivière, et bien sûr les précédents disques d’Allain Leprest et Romain Didier.

3-Voutes-Leprest.jpg
Hervé Vilard, Romain Didier et Allain Leprest, Fantine Leprest
(photos : Jean-Manuel Vignau)

Mercredi 5, lors d’une soirée de lancement de l'album aux Voûtes Saint-Honoré (une jolie cave parisienne qui accueille régulièrement de la chanson à découvrir), l’émotion était palpable. Autour d’Allain, beaucoup des artistes précités étaient là. D’autres aussi. De façon impromptue, accompagnés par l’incollable Romain Didier, certains ont chanté et des larmes ont fleuri, sur scène comme dans l’assistance. C’était Noël avant l’heure. Ce genre de moment de grâce qu’on n’oublie pas dans une vie. A ceci près, qu’encore une fois, hormis une douzaine de journalistes, il n’y avait pas grand monde des médias et personne de la télé. Tant pis, il leur reste l’essentiel, l’album à écouter et à diffuser. On peut toujours espérer...
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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 16:09
« Les chemins défendus / Peuvent mener à Rome » chante Enrico Macias dans Constantine, ville d'Algérie où ces chemins ne l’auront pas emmené aux côtés de not’ bon Président VRP, ce grand ami d’un autre chanteur aux couplets sardoniques comme Le temps des colonies, co-signé avec Pierre Delanoë en 1976. A trop cultiver le double langage (les colonies c’était pas du joli-joli, mais pas question qu’on s’excuse), notre Zorro de Neuilly, notre divin sauveur (« salvador » en espagnol, nom d’un néo sarko-converti en préretraite) trouve d’ailleurs grâce aujourd’hui auprès des colons bien et autres FARCeurs pas drôles...

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Loin de la com sarkozienne et des accommodements commerciaux d’État (variante politicienne des « grands principes » et des « grands sentiments » de Guy Béart), prenez le temps d’écouter un disque formidable interprété par Mouss et Hakim, récent tandem issu du groupe Zebda, et déjà très actif dans l’aventure citoyenne des Motivé-e-s. Intitulé Origines Contrôlées, Chansons de l’immigration algérienne (dans le droit fil du festival organisé chaque automne à Toulouse par le Tactikollectif), cet album regroupe treize titres émouvants et enlevés, d’esprit à la fois intime, familial et collectif ; treize petits moments d’histoire composés le soir après l’usine par des artistes travailleurs immigrés, et qui ont enchanté les cafés algériens de Paris dans les années 40 à 70. Que le nom de leurs auteurs vous soient familiers ou non (Slimane Azem, Mohamed Mazouni, Aït Menguellet, Matoub Lounès, Cheikh el Hasnaoui, Djamel Allam, Dahmane El Harrachi…), vous ne risquez que d’être emportés par la vitalité de cette musique et le rapport organique des trois langues qu’elle épouse : le kabyle, l’arabe et le français (disques Atmosphériques / distribution Wagram Music).
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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 09:50

Nicolas Sarkozy et Laurence Parisot, couple historique ?

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Il traverse un divorce, elle évoque la « précarité » de l’amour (comme celle de l’emploi !) ; il veut qu’on travaille plus, elle parle d’assouplir le code dudit travail... Bref, Juliette Gréco a bien raison de chanter : « Marions-les, Marions-les / Je crois qu’ils se ressemblent / Marions-les, marions-les / Ils seront très heureux ensemble » (Robert Nyel – Gaby Verlor). En ces temps de manifs diverses et variées, cette accointance entre le Président (de la République) et la Présidente (du MEDEF) recèle en fait de prémonitoires racines historiques. Alors que le ci-devant Nicolas 1er a fourgué au ministère de la Culture une versaillaise du Château, la chanson révolutionnaire le rattrape déjà. En 1885, Eugène Pottier (l’auteur de l’Internationale) signait en effet l’une de ses plus belles chansons communardes, Elle n’est pas morte, avec le fameux « Tout ça n’empêche pas / Nicolas / Qu’la Commune n’est pas morte ! » Ce texte est alors écrit sur un air à la mode, T’en fais pas Nicolas, signé... Parizot. Même à une consonne près, ça ne s’invente pas : « Le Destin ! Tu peux pas lutter contre... » (Neuilly blues, Gilbert Laffaille)

Rappelons qu’en 1865, une poignée d’années avant la Commune, on ne connaît pas le karcher et aucun homme politique n’emploie le mot « racaille », mais l’auteur Alexis Bouvier et le compositeur-interprète Joseph Darcier créent une des chansons choc de l’année, La Canaille, qui après avoir souligné la misère croissante du peuple, conclut chacun de ses couplets par ce cri : « C’est la canaille ! / Et bien j’en suis ! ». CQTC

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