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  • : Au cœur et autour de la chanson francophone, encore si méprisée des gens de pouvoir et de médias, alors qu'elle est vivante comme jamais au quotidien et dans l'Histoire en marche...
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  • Daniel Pantchenko
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. « Léo Ferré sur le Boulevard du Crime » en 2016. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. « Léo Ferré sur le Boulevard du Crime » en 2016. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 15:35

Après une vingtaine d’articles en sept ans, voici du Leprest sur paroles. Une série de courts extraits sonores, captés dans des endroits divers et variés, lors des multiples entretiens que nous avons eus Allain et moi, tout au long de sa vie professionnelle. Premier épisode, le « poète », terme qu’on lui accole à tout-va aujourd’hui.

 

Leprestdanslemicro.jpg

 

Par facilité merdiatique ordinaire, le mot « poète » est servi à toutes les sauces pour qualifier le moindre chanteur ou la moindre chanteuse soucieux d’écrire quelques vers un peu originaux. Si le « grand » public (qui n’est d’abord « grand » que par la taille) emboîte naturellement le pas, d’autres, réputés plus avisés, dérapent volontiers sur le concept valorisant. Dans ce premier extrait, Allain explique pourquoi il a troqué la poésie pour la chanson et ce qui les différencie à ses yeux.


AL87-Acetagela-copie-1.jpg

LDLM n°1a -  5/01/1987 - 2’58

La chanson digne d’intérêt, tous goûts et tous styles confondus, ne serait-elle pas « un art à part entière », pour qu’il soit nécessaire de lui apposer (imposer !) une décoration externe ? Supérieure ? De la raccrocher au jazz ou à la poésie, par condescendance plus ou moins volontaire* ? Leprest a peut-être évolué ensuite à ce sujet, mais dans cet échange de la même époque avec des jeunes des ACP (les Ateliers Chanson de Paris, initiés par Christian Dente**), il convoque Brassens et compagnie et refuse sans ambiguïté de porter le chapeau panthéonique national. CQTC.

 

AL87-Ilyaune.jpg

LDLM n°1b - 12/02/1987  -  2’57

 

 

* Bien sûr, je ne me mets pas en dehors du coup et j’y ai forcément cédé par commodité de jeunesse ou simple flemme conjoncturelle.

** ACP installés alors au Carrefour de la Différence, passage Courtois , Paris 11e , après la fermeture de La Tanière, qui elle était dans le 13e ("je vous parle d'un temps...").

 

 

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 15:00

À quelques semaines d’intervalle, deux livres denses racontent Allain Leprest : Dernier domicile connu (l’Archipel), celui de Marc Legras, qui pensait au départ cosigner avec lui un « ouvrage à quatre mains et à deux voix » ; Gens que j’aime, celui de Nicolas Brulebois (Jacques Flament Éditions), qui a découvert le chanteur après sa mort et a conçu « un livre d’entretiens ». Au mois d’août, était déjà paru Le Cri violet – Petit abécédaire de  mes années Leprest (1970-2011) de Fabrice Plaquevent (L’Harmattan), qui a débuté avec lui dans la chanson au sortir de l’adolescence.

 

Leprest-Legras.png

Quand Marc Legras a eu l’idée d’écrire un livre avec Allain Leprest, il le connaissait, précise-t-il, « depuis près de vingt-cinq ans » ; sans doute, comme pour d’autres journalistes passionnés de chanson de sa génération, depuis la fin d’après-midi d'un dimanche de 1985, où Allain fut la « révélation » du Printemps de Bourges (avec Bertrand Lemarchand à l'accordéon).

 leprest-Bourges85.jpg

  

Ancien responsable d’édition des JT de France Télévisions, référence chanson sur France Musique / France Culture, figure historique du mensuel Paroles et Musique puis du trimestriel Chorus et auteur d’ouvrages ad hoc depuis 1979 (de Lluis Llach à Georges Moustaki ou Gilles Vigneault), Marc Legras a donc pris cinq ans pour mener à terme ce projet, bouleversé par la disparition brutale du chanteur le 15 août 2011. Ce que les deux hommes avaient imaginé comme « un ouvrage à plusieurs entrées composé d’un récit entrecoupé de formes courtes » est ainsi devenu un récit extrêmement fouillé, où les voix des proches et des amis de l’artiste « prennent fréquemment le relais de la sienne ». De fait, il s’agit d’une biographie au micro-caméra-stylo, où son auteur se plaît à remonter les pistes et les courants, de la Manche à la Seine et au-delà, comme il s’était lancé sur les traces du québécois Gilles Vigneault sur la route de Natashquan.



Introduit par un sensible et pudique « Lever de rideau » signé Fantine Leprest, fière de son « papa » qu’elle aime « plus que tout » mais soucieuse avec raison d’exister par elle-même et de faire son chemin, le livre place en exergue de chaque chapitre un extrait de chanson. On en retrouve beaucoup d’autres, explicités, mis en situation, car c’est d’abord d’écriture et de créativité, des mille et un développements d’une œuvre qu’il est question ici.

 

 

Précis, sans voyeurisme aucun ni prétention définitive, le tout est ponctué de savoureux moments, comme lorsqu’un copain de jeunesse d’Allain « n’en croit pas ses oreilles » à la réception d’un coup de téléphone de son pote, parti trois semaines plus tôt à « l’aventure » avec son amie Martine et qui lui annonce « qu’ils arrivent aux Antilles ». En fait, « Les Antilles » est le nom d’un bar tout proche… En « Rappels », l’ouvrage offre divers inédits de Leprest, sa discographie, celle de ses multiples interprètes et une bibliographie au sens large. Près de douze ans après celle de Thomas Sandoz*, cette biographie – naturellement plus personnelle, eût égard à l’amitié liant Marc Legras et Allain Leprest – fait désormais office de référence.

 

Leprest-Brulebois.jpg

 

Nicolas Brulebois écrit depuis quinze ans dans des journaux satiriques et des revues littéraires, précisant dans son livre (le deuxième après Le Monde aigri, le monde est bleu publié l’an dernier) qu’il trempe volontiers sa plume « dans le vitriol » ou « dans le miel ». Il ajoute que « leprestophile depuis un an et demi déjà, tombé amoureux fou de ce chanteur découvert bien après sa mort », il a immédiatement accepté la proposition de son éditeur – qui ignorait sa passion – de plancher sur Leprest. Sans penser à tout prix comme ledit Brulebois qu’« arriver sur le tard permet d’embrasser d’un seul coup les différentes périodes, avec peut-être plus de facilité à les mettre en perspective », nul ne peut honnêtement lui reprocher de bonne foi d’être illégitime parce que né trop tard. N’est ce pas ce qu’il a écrit qui compte ? Aurait-t-il trop éclairé les contradictions de l’homme Leprest, son caractère ingérable ? Sur ce point, celui-ci sut - il est vrai - très vite efficacement rebondir... comme le montre cet extrait d’une émission de télévision de 1985 où Jean Ferrat a sans doute suggéré le nom du petit nouveau à un Pascal Sevran un peu dur d'oreille...

 

 

Se déclarant « frustré » par le « récit biographique » du livre de Thomas Sandoz, « malgré des analyses stylistiques et textuelles fort appréciables », Nicolas Brulebois a choisi de mettre en avant douze longs entretiens et leur subjectivité, ce qui relève selon lui « d'une démarche moins totalisante, plus parcellaire » que « la réécriture d’un auteur omnipotent ». Ayant moi-même été biographe à quatre reprises, je ne suis absolument pas d’accord avec lui là-dessus. Je n’ergoterai pas pour autant sur l’absence de tel ou tel témoignage - que certains reprochent à Brulebois… mais pas à Legras - ou sur l’excès lié à celui de Jehan (« sans doute le meilleur interprète de la chanson française en général »), le troisième mis sur le gril chronologiquement ici après Didier Pascalis et Gérard Pierron, mais avant François Lemonnier, Francesca Solleville, Bertrand Lemarchand, Nathalie Miravette, Dominique Cravic, Didier Dervaux, Annie et Didier Dégremont, Romain Didier. Soit l'ultime producteur (Tacet) et onze artistes, qui, la plupart, ont rencontré Allain jeune.

 

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Lors de sa véritable première télévision en studio où il chante Édith et La Kermesse, accompagné par Bertrand Lemarchand (C'est toujours la saison, présentation Bernard Portalès**, France 3 Rouen, 09/01/1984).

 

Car, finalement, le sujet n’est-il pas ici plus Allain que Leprest, l’individu erratique plus que l’artiste d’exception ? C’est bien ce qui risque de prévaloir, malgré l’admiration unanime pour l’œuvre et les trente pages finales de « discographie sélective » commentée, qui s’épanchent d’ailleurs davantage sur la musicalité, les arrangements et les réalisations discographiques que sur les textes. Avec un « carton » postérioriste sur les deux premiers albums de la période Meys (« saccage », « calamiteux », « atrocités »…) ; sans ignorer que leur traitement façon variétés avait suscité d’emblée certaines réserves, on ne saurait réécrire l’Histoire et s'exonérer de replacer les éléments constitutifs et humains dans leur contexte. Pour être en partie subjectif et assumé comme tel, le travail de Nicolas Brulebois – qui a une vraie plume se révèle néanmoins très sérieux et tout à fait complémentaire de celui de Marc Legras.

 

Leprest-Plaquevent-copie-1.jpg

 

Compagnon de la première heure, l’auteur-compositeur-interprète Fabrice Plaquevent a chanté en duo avec Allain Leprest au milieu des années soixante-dix, dans les Maison des Jeunes, les comités d’entreprises et les fêtes populaires. Après s’être produit en solo, puis y avoir renoncé, il s’y est remis en 1996 sous le nom de Julien Heurtebise et en 2007, il a enregistré Chansons du temps qu’il fait, CD qui réunit quinze des chansons conçues jadis avec son acolyte de Mont-Saint-Aignan.

 

Leprest-Plaquevent-760813.png

Premier passage TV recensé, en duo donc, dans un extrait de La Morte Saison (France 3 Rouen, Normandie actualités, 13/08/1976).

 

À l’inverse des deux épais ouvrages de Marc Legras et Nicolas Brulebois (400 pages pour le premier, près de 340 très serrées pour le second), c’est un abécédaire de moins de 90 pages qu’il propose autour de ses « années Leprest ». Préfacé par Legras et recommandé par Brulebois, le « cosignataire de Mec pour la musique » apporte un témoignage précieux sur la personnalité d’Allain et sur la perception du « métier » de chanteur qu’il cultive au début avec ses potes (cf. l’inénarrable « Cabarets parisens », p. 23-24). L’ensemble se lit avec grand plaisir et le même trouble que l’auteur lorsqu’il explicite le titre de son livre. Après avoir souligné que le « très prolixe » Leprest ne s’est « jamais copié ou plagié lui-même », il reconnaît que, dans La morte saison et Monsieur Victor (Hugo), la répétition d’un vers lui est « devenue terriblement douloureuse » : « Et du cri violet des pendus ». Deux textes qu’il avait mis en musique en 1973 ou 1974…

 

DP-Leprest-9392-Chorus.jpg

DP avec Allain chez lui à Ivry (ph. Francis Vernhet, Chorus 6, hiver 1993-94).

 

Dernière chose. Il se trouve que cet article est le 200e de mon blog, où j’ai écrit sur Leprest plus que sur tout autre. J’avais moi-même envisagé de lui consacrer un livre et j’y ai renoncé lorsque j’ai appris le projet de Marc Legras. Il me reste cependant quelques documents personnels et je compte très bientôt en faire état ici. En attendant, notez qu’une soirée Leprest animée par Didier Pascalis aura lieu demain soir mercredi 10 décembre au Forum Léo Ferré à Ivry-sur-Seine, en présence de Marc Legras et Nicolas Brulebois, mais aussi de Jean Guidoni, Nathalie Miravette et « d’autres surprises » en chansons… CQTC.

 

 

* Allain Leprest – Je viens vous voir (Christian Pirot Éditeur, janvier 2003). Écrivain, épistémologue, docteur en psychologie, Thomas Sandoz a reçu différentes distinctions pour ses œuvres universitaires ou narratives. Il a publié un roman, Malenfance, en 2014, aux Éditions Grasset.

** Bernard Portalès est aujourd'hui directeur de France Bleu Auxerre et apprécie particulièrement Yves Jamait, qui chante Leprest, notamment aux côtés de  Romain Didier et Jean Guidoni dans le spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment ?

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 11:30

Après Leprest dans le texte par le comédien Philippe Torreton, place aux disques et aux spectacles de deux interprètes de la chanson. Deux générations, deux sensibilités, deux démarches très différentes. À apprécier certes selon son goût, mais, me semble-t-il, selon un principe intangible : l’œuvre d’Allain Leprest n’appartient à personne, elle appartient à tous. Atrabilaires de cour ou de clan s’abstenir...

 

Leprest-Anniv-1.jpg

À l'anniversaire d'Allain au café de la place Ménilmontant, 4 juin 2010,
- accordéon de Jean Corti, tableau peint par Jean-Pierre Jouffroy -
(ph. Claudie Pantchenko)

 

Au mois d’août, Claire Elzière a sorti son disque, qui comporte quatorze chansons de Leprest dont dix inédites. C’est chez Saravah, le fameux cru éditorial (quasi cinquante ans d’âge) de Pierre Barouh, où Allain a enregistré son troisième album, Voce a mano, avec l’accordéoniste Richard Galliano en 1992, puis 4, deux ans plus tard. La toute jeune Claire va alors suivre les cours des Ateliers Chanson de Paris, créés par Christian Dente et co-dirigés avec Luce Klein ; il se trouve que j’y fais écouter (découvrir ?) quelques dizaines de chanteurs, dont un de « Mont-Saint-Aignan près de Rouen ». Bref, nous en sommes gentiment remerciés tous les trois sur l’album, et c’est encore grâce à Christian que Claire va rencontrer Pierre Louki et devenir son interprète de référence.

 

Elziere-Leprest.jpg

 

Depuis longtemps déjà, elle reprend en scène L’Horloger (qu’Allain a dédié en 1994 à Louki pour « son travail d’écriture » dont il « toujours été un fanatique »*), ainsi que La Dame du 10e et Canal Saint-Martin. Après que Leprest a prêté sa voix écorchée à une brève évocation du même nom que cette dernière sur l’album Tribal Musette (2008) des Primitifs du futur, collectif musical hors-norme cher à Dominique Cravic, il écrit avec lui huit des dix chansons qu’on découvre aujourd’hui par la voix de Claire, Lequel des deux et Si ton cœur s’arrête étant sur des mélodies respectives d’Olivier Moret et de Jean-Philippe Viret, anciens musiciens d'Allain.

 

 

Comme dans ces deux titres et les reprises D’Osaka à Tokyo ou Mon abat-jour (de l’époque Galliano), il est question d’amour, sujet omniprésent, couleur vécu, et jamais indolore chez Leprest. Des mots d’amour à l’amour des mots, il n’y a qu’une plume et le disque s’ouvre d’ailleurs sur un Marabout tabou (bout-à-bout) qui se « cravique » illico dans nos têtes, Claire Elzière distillant tout cela d’une voix limpide, naturelle, qui sait susciter l’émotion sans la forcer. En studio, Pierre Barouh et Sanseverino interviennent vocalement chacun sur une chanson, Dominique Cravic sur deux (on savait qu’il était bien timbré) et il dirige sa chaloupante équipe primitivo-musicale sur scène. En cette belle compagnie**, au premier plan de laquelle figure Grégory Veux, son pianiste complice, la chanteuse garde toute sa simplicité chaleureuse. Un brin d’esthétisme dans la tenue et d’explosivité dans le jeu ne nuiraient sans doute pas à l’ensemble.

 

 

Pour l’interprétation, c’est la réflexion inverse qu’inspire parfois Jean Guidoni dans son spectacle Paris-Milan, construit essentiellement autour de chansons griffées Allain Leprest / Romain Didier, bien qu’il ne souhaite pas que cela soit perçu « comme un hommage au poète disparu », si l’on en croit l’article de présentation du Théâtre de la Ville où il a été « fêté*** » le 14 octobre avec – néanmoins – le sous-titre « Jean Guidoni chante Allain Leprest ». Depuis toujours, note à cette occasion Cécile Prévost-Thomas, l’artiste « aime à scénographier ses tours de chant et à se mouvoir sur les plateaux ». Impressionnant au plan vocal, il le démontre à nouveau ici, dans une mise en scène aussi sobre que graphique de Gérard Morel et en compagnie de Thierry Garcia (guitares), Julien Lallier (piano), Philippe Drevet (contrebasse), Didier Guazzo (percussions). Il y reprend quelques chansons plus anciennes, y compris des siennes, telles Djemila ou Verone Véronal

  Leprest-Anniv-2À l'anniversaire d'Allain au café de la place Ménilmontant, 4 juin 2010
Dominique Cravic et Didier Pascalis (ph. Claudie Pantchenko)

 

C’est Didier Pascalis (Tacet), l’efficace producteur de Leprest depuis l'emblématique opus de 2005, Donne-moi de mes nouvelles, qui a proposé à Jean deux ans plus tard d’interpréter un titre d’Allain pour la première fois, dans le volume 1 de Chez Leprest, en l’occurrence J’ai peur****. Depuis, l’homme qui « marche dans les villes » a participé en 2011 au spectacle d’hommage à Leprest de 2011, Où vont les chevaux quand ils dorment, aux côtés de Romain Didier et d’Yves Jamait, création où d’évidente façon l’œuvre et l’interprète se sont réciproquement portés.

 

Guidoni-parisMilan

 

Les douze chansons inédites exclusivement signées Allain Leprest / Romain Didier de ce nouvel album conjuguent selon Guidoni « l’attente, l’envie des choses et la lucidité de ne pas les obtenir », autant dire une balance qui rime de plus en plus avec désespérance. Le temps ne fait rien à l’affaire, et ce, dès le premier vers ironique de Paris-Milan : « Horizontalement le sablier ne sert à rien ». À quoi bon chercher à être heureux si « ça file du chagrin » (Ou l’contraire), vu que Le jour baisse toujours trop tôt et que « Nos rêves sont des enclumes » (Chut). Un certain summum est atteint en plein cœur du CD (Putain traînée salope), avant qu’une respiration tempérée d’humour ne s’esquisse, du très calendaire Folle de moi au filial et Huma-Tintinesque Dans le jardin de Gagarine, en passant par le portrait-BD de deux Trafiquants en duo avec Juliette. Au service « d’une poésie » qu’il qualifie d’« universelle », Jean Guidoni explique avoir « préféré garder une distance » en choisissant des textes qui lui convenaient en tant qu’interprète. Artistiquement, le résultat se révèle d'excellente facture, dans des arrangements du guitariste Thierry Garcia et avec l’apport de nombreux instrumentistes dont des cordes dirigées par Romain Didier.

 

Claire Elzière présentera son spectacle au Théâtre Lucernaire (Paris 6e), tous les dimanches à 19h30, du 4 janvier au 1er février 2015.

Jean Guidoni présentera le sien le samedi 24 janvier à Tréguier (22) et le lundi 26 janvier à 20h30,
à l’Alhambra (Paris 10e).

 

 

Notes :

* À DP, Chorus 41, automne 2002. La musique de L’Horloger est d’Étienne Goupil.

** Lors de la présentation parisienne le 27 septembre à l'Européen.

*** La création a eu lieu le 3 octobre à La Bouche d’Air (salle Paul-Fort) à Nantes.

**** Musique de Jean Ferrat. Titre enregistré en 1986 par Allain Leprest et Karim Kacel dans leurs albums personnels Mec et P’tite sœur.

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 20:20

Jusqu’à présent, dans la chanson, le terme « coquelicot » évoquait surtout un succès de Mouloudji. Depuis quelques jours, il fleurit en couverture d’un livre savoureux et tendre de notre sourcière pas comme les autres, et, coiffure oblige, on comprend qu’elle l’avait en tête depuis longtemps. Logique. « Coquelicot », ça rime avec « mot », le premier et le dernier de cette bal(l)ade aux quatre fois vingt (et un) sentiers d’aventure.

 

Sylvestre-Coquelicot.jpg

 C’est son ami l’écrivain Philippe Delerm (directeur de la collection Le Goût des mots aux éditions Points) grand connaisseur de ses chansons, qui a convaincu Anne d’écrire cet ouvrage ; son premier livre, qu’elle dédie naturellement à sa « petite sœur » Marie (Chaix*) et qui commence ainsi :


« Coquelicot. C’est un cri, c’est un appel, c’est un mot de joues rouges et de course folle dans les blés, de mollets piqués par les chardons, de roulades et de cul par-dessus tête dans le fossé.

C’est un mot claquant, insolent, cueille-moi si tu l’oses, je me fanerai aussitôt mais regarde : je suis légion. Je pousse et je re-pousse, et dans cette flaque rouge tu ne sais plus où poser les yeux. Coquelicots, cavalcade, concours à qui sera le plus rouge, tes joues ou moi. »

 

En dédicace à son « biographe** », Anne m’a écrit : « Mon cher Daniel, quelques petites choses que tu ne savais pas de moi. » C’est vrai qu’on déambule ici dans l’intime, à commencer par les pleins et les déliés de l’enfance, sans céder jamais à un quelconque voyeurisme. Pas le genre de la maison. Et comme pour une bonne grappe de Bourgogne, cela a pris un certain temps avant que les fruits soient mûrs, que les mots viennent frapper à sa plume, comme elle l’a confié sur France Inter à Augustin Trapenard, un nom qui semble déjà sortir d’un roman (cliquer sur l'image).

Sylvestre-FranceInter.pngOn apprécie cet inventaire (invente, airs) à la Sylvestre tous sens en éveil. Auteure musicienne, elle entend souvent d’abord les mots, le rapport consonnes/voyelles, leur agencement singulier. Elle nous invite aussi à les sentir, et pas seulement le mot « parfum », elle qui a « sûrement reçu de la nature un odorat très développé ». Faisant peu allusion à la chanson et à ses engagements façon Juste une femme, Anne se dévoile en « Reposoir », « Édredon », « Escalier », « Grenouille » ou « Alsace ». À l’occasion, elle revisite (« [H]ormis », « Tomber d’énue ») et jongle avec gourmandise, selon une tradition familiale bien établie, de « Réaupol-Sébastomur » à « Sans trempette ni bontour ! ». Tout cela restant plein de pudeur, de délicatesse et d’humour. De Sylvestre, quoi !...

 

* Marie Chaix a écrit de nombreux romans et livres nourris par son histoire familiale.

** Pour mémoire, j’ai publié « Et elle chante encore ? » en 2012 chez Fayard.


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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 11:30

Cet automne, le bonheur est dans Leprest. Livre (Marc Legras), disques et spectacles (Claire Elzière, Jean Guidoni) s’en nourrissent et s’ingénient à lui donner la place qui devrait être la sienne. Au plus haut dans l’écriture. J’en parlerai prochainement dans ce blog où il reste l’artiste le plus chroniqué, mais ici, il s’agit du spectacle « Mec ! », du comédien Philippe Torreton et du percussionniste Edward Perraud. L’origine du projet revient à Jean-René Pouilly (Karavane productions), le premier producteur d’Allain il y a trente ans. Et, c’est l’écrivain de théâtre Françoise du Chaxel qui m’a offert la critique enthousiaste de ce spectacle, vu le 15 octobre au Théâtre de Périgueux L’Odyssée (Dordogne).

 

Torreton-Leprest.jpg

Les "mots" de Françoise du Chaxel :

Si l’on ne savait pas qu’Allain Leprest est d’abord un poète, il suffit d’aller écouter Philippe Torreton dire, parler, vivre ses mots pour en être persuadé.

Il nous offre une heure magnifique avec Leprest, ce grand méconnu du grand public, qui a rassemblé, sans le savoir, une grande famille autour de lui, la famille des amoureux des mots.

On a souvent comparé Allain Leprest à Jacques Brel, cet autre écorché vif, mais à l’écoute des textes à nu, portés par la voix, le corps et la violence de Philippe Torreton, qui met tout son talent d’acteur et sa conviction d’homme à nous les offrir, c’est beaucoup à Léo Ferré qu’on pense. Pour la force des images, pour le plaisir de jouer avec les mots, pour l’amour des humbles.

Dans l’univers d’Allain Leprest, il y a les bistrots bien sûr, petits théâtres du monde où se croisent les solitudes, les rues des villes peuplées de gens aux vies abîmées, mais il y a aussi la mer, la Manche, que Philippe Torreton connaît bien,  qui balaie peut être les douleurs et réconcilie avec l’univers, et les artistes frères, Rimbaud, Van Gogh, Édith Piaf.

Allain Leprest ose tout dire : les peurs qu’on noie dans les verres (« j’ai peur », « le temps de finir la  bouteille »), le chagrin vieux compagnon (« le chagrin »), le besoin d’amour jamais assouvi (« Garde moi »), les femmes qu’on laisse partir, les enfants sacrifiés (« C’est peut être Mozart »)…

Et Philippe Torreton l’accompagne dans ses audaces, dialoguant avec les percussions d’Edward Perraud poète des sons.

Une heure plus tard, la gorge serrée et les larmes aux yeux, le public de l’Odyssée à Périgueux a acclamé ces trois artistes.

 

Philippe Torreton est revenu pour nous dire que ce spectacle qui devait se donner à la Fabrique de Saint Astier, lieu de belles aventures artistiques en Dordogne, a été déprogrammé par la nouvelle municipalité qui prive ainsi ses habitants d’un moment inoubliable.

 

Note DP :

Dans son récent livre Allain Leprest, Dernier domicile connu (Éditions l’Archipel), sur lequel je reviendrai en détail, Marc Legras rappelle que Leprest et Torreton étaient tous les deux de la région rouennaise et qu’ils s’étaient rencontrés deux décennies plus tôt : « J’habitais place Saint-Godard à Rouen, dit Leprest, et lui faisait du théâtre à Charles-Dullin à Grand-Quevilly. Je ne pouvais pas savoir que ce jeune homme de 17 ou 18 ans deviendrait le grand Torreton ! Quand je lui ai proposé de joindre sa voix à la mienne dans “C’est à la fin du bal” [album Donne-moi de mes nouvelles, 2005, Tacet Production] sur une musique de Christian Paccoud, j’ai ajouté “S’il vous plaît ” ! Il a accepté le plus simplement du monde. »

 

Le duo sur C’est à la fin du bal - 2’50
 
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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 13:18

En 1880 fut créé Le Petit Écho de la Mode, pionnier de la presse hebdomadaire féminine, qui contenait un très apprécié « patron » de couture, plan détaillé permettant de concevoir un vêtement. Ce journal devint Écho de la Mode en 1955, puis Écho de la Mode/Femmes d’aujourd’hui jusqu’en 1983, année du décès de mon père. Il était ouvrier du bâtiment, colleur de papiers peints pour être précis, métier que j’ai exercé à ses côtés pendant trois ans. Ce qui explique sans doute que je sois devenu « vulgaire » comme lui… et l’ami Michel Bühler, chanteur grande classe, dont l’intégrale des enregistrements (1969-2012) vient de sortir.

 

PetitEchodelaMode.jpg

 

 

Les Gattaz, eux, sont « patrons des patrons » de père en fils. Après Yvon, c’est Pierre qui officie aujourdhui. Pour relancer l’emploi avec distinction, il rêve de bazarder la durée légale du travail, le smic et les 35 heures, en sucrant au passage deux jours fériés au populo. Dans les années 50 où il était encore artisan, mon père balança tout de go à l’un de ses semblables : « Je suis abonné au Petit Écho de la mode, parce qu’il y a un patron dedans et que je me torche le cul avec ! » Quelle vulgarité ! On se rappellera quand même que le patron du MEDEF et de l’entreprise Radiall - qui professe aujourd’hui que « notre modèle social à vécu » - a vu incidemment sa rémunération globale passer de 329 189 euros en 2012 à 426 092 euros en 2013 selon le rapport annuel de l’entreprise. Gattaz lui-même parle en gros de 420 000, comme si 6 000 euros étaient quantité négligeable, quand on sait que cela représente plus de la moitié du salaire annuel de millions de Français. Mais, « Mon Dieu Seigneur ! » ou « Nom de Dieu ! » (comme disait indifféremment mon athée de père), que je suis vulgaire ! CQTC.

 

 

 

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 22:00

Il y a dix ans, Serge Reggiani tirait sa révérence après plus d’un demi-siècle de bons et talentueux services entre théâtre, cinéma et chanson. C’est cette dernière qui, bien sûr, m’a le plus intéressé et lui a permis d’atteindre des sommets. Pour ce livre qui vous tend les pages cet été, j’ai essayé de sensibiliser les médias avec le petit encart ci-dessous, en me disant à mon tour : "Il suffirait de presque rien". Si ça vous chante, n’hésitez à le fredonner à des oreilles amies…

 

DPSR-relance

 

Cette biographie de Serge Reggiani (que j’ai interviewé à plusieurs reprises) est centrée sur sa carrière de chanteur, mais elle aborde évidemment l’ensemble de son parcours d’artiste et d’homme. En particulier, elle montre comment de festivals en Olympias et autres Palais des Congrès, il aura bouleversé jusqu’au bout le public francophone. Je l'évoque dans cet extrait d'une émission de RTL aux côtés d'Isabelle Boulay qui vient d'enregistrer un album d'hommage : Merci Serge Reggiani.

 

 

Parmi les 35 personnalités et proches qui m'ont accordé leur témoignage, voici quelques extraits des premières réactions :

 

Noëlle Adam-Reggiani (la dernière femme du chanteur) : Si vous avez aimé Serge Reggiani, si vous avez envie de le connaître, il faut lire Serge Reggiani, L'acteur de la chanson.... C'est un très beau livre, où vous le découvrirez tel qu'il était, avec des qualificatifs qui lui allaient si bien.

 

Jean-Michel Boris (ancien directeur de l’Olympia) : Ayant lu précédemment les biographies de Charles Aznavour et Anne Sylvestre, je reste en admiration en lisant celle de Serge Reggiani, devant le travail titanesque de fourmi et d'historien de Daniel Pantchenko.

 

Françoise Canetti (fille de Jacques Canetti) : Vous m’avez épatée. C’est une enquête à travers tous les différents « univers » de Serge ; c’est p a s s i o n n a n t et très vivant. Dix ans après, il faut le talent pour le faire.

 

Claude Lemesle (auteur, président d’Honneur de la Sacem) : Très beau livre, fidèle, juste et pertinent.

(Il a écrit notamment les textes du Barbier de Belleville sur une musique d'Alice Dona et - ci dessous - de Venise n'est pas en Italie, sur une musique de Christian Piget).

 


Juliette (auteure-compositrice-interprète) : Il est important de ne pas oublier cet homme magnifique qu'était Serge Reggiani. Dans ce livre, Daniel Pantchenko nous le rappelle à chaque page d'une très jolie manière. Et tout à fait ancrée dans la modernité. Bravo !!!

 

Pierre Tisserand (auteur-compositeur-interprète) : Votre ouvrage sur Reggiani est prenant, émouvant, et c'est à regret que je viens d'en achever la lecture. Vous m'avez fait découvrir un personnage amical que je ne connaissais pas.

(Il a écrit, entre autres, paroles et musique, L'Homme fossile).

 


Dès le mardi matin 22 juillet à 10h, je serai en dédicace à la galerie  La RETOUCHEUSE, à Saint-Ambroix dans le Gard. De façon générale, toutes les information utiles (presse, actualité, dédicaces) figurent sur mon site, ici.


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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 17:40

C’est une chose que je n’avais pas mesurée à ce point. Quand j’ai annoncé à des amis et à des connaissances extrêmement diverses que j’écrivais une biographie de Serge Reggiani, la réaction a été générale et spontanée : « J’adore ! » De fait, l’artiste a marqué plusieurs générations et s’est révélé un exceptionnel « Acteur de la chanson », sous-titre de ce livre sorti aujourd'hui.

 

CouvReggiani.jpg

 

Étrange correspondance des dates. Le 22 juillet, cela fera dix ans que Serge Reggiani nous a quittés, mais cette année 2014 marquera également les cinquante ans de son entrée discographique en chanson, comme interprète de Boris Vian avec – notamment Arthur, où t’as mis le corps ?   

 

 

Ce disque ne connaîtra qu’un succès d’estime, mais, trois ans plus tard, l’Album n°2 lancera de façon irrésistible une carrière, comme je l’évoque dans l’avant-propos : « Avec l’ascension fulgurante du chanteur Reggiani, Le Petit Garçon et “Les Loups” ne sont pas seulement entrés dans Paris ; ils ont conquis la France. Comme toutes celles et tous ceux qu’avait emballés l’acteur au théâtre ou au cinéma – en particulier dans Casque d’or aux côtés de Simone Signoret -, j’ai été impressionné par cette voix au grain et à la vibration uniques. Ensuite, par-delà l’interprète exceptionnel, le comédien au service de la chanson, j’ai réalisé quel inspirateur rare il avait été pour les auteurs et les compositeurs. Combien de fois me suis-je surpris à penser : “Quel répertoire ! Quelle intelligence de choix !” Et aussi : “Quel pari formidable d’avoir introduit des couplets de fibre populaire par quelques vers de poètes nommés Rimbaud, Prévert ou Apollinaire !” Serge Reggiani a enregistré plus de deux cent cinquante chansons, dont trop de pépites encore méconnues. C’est pour donner envie de les découvrir que j’ai décidé d’écrire ce livre, de retracer le parcours d’un artiste, d’un homme, qui, malgré des moments difficiles et douloureux, aura suscité jusqu’au bout une émotion quasi unanime. »

 

 

Forte de quelque trente-cinq témoignages inédits de personnalités et de proches, cette biographie de Serge Reggiani (que j’ai interviewé cinq fois entre 1981 et 2003) est centrée sur sa carrière de chanteur, mais elle aborde évidemment l’ensemble de son parcours d’artiste et d’homme. En particulier, elle montre comment de festivals en Olympias et autres Palais des Congrès, il aura bouleversé jusqu’au bout le public francophone. À l'image de cet Acteur qu'il fredonnait ci-dessous (photo Francis Vernhet), au cours d'un entretien en vue d'un article dans la revue Chorus. CQTC.

 

 

DP-Reggiani2001.jpg


Serge Reggiani à DP (18/01/2001) - 1’31

 

 

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:25

Ce soir, Anne Sylvestre chante au Printemps de Bourges. Au théâtre Jacques Cœur. C’est complet. Comme toujours. Anne, on ne l’avait pas conviée à ce festival depuis 28 ans, depuis le 10 avril 1988, pour Gémeaux croisées en compagnie de Pauline Julien. Six années plus tôt, elle avait dû jouer deux soirs et dès le deuxième Printemps, en 1978, elle enflammait un public du chapiteau qui s'en rappellerait...

 

 

C’est ce moment-là que j’ai eu envie de rappeler dès l’avant-propos » de la biographie qu’elle m’a inspirée et qui est parue en octobre 2012 : « Textes ciselés, mélodies lumineuses, voix habitée, Anne Sylvestre a commencé à me faire rire et pleurer un jour du Printemps de Bourges 1978. Et je n’étais pas seul, quelque quatre mille filles et garçons, jeunes pour la plupart, manifestaient le même enthousiasme, éprouvaient la même émotion que moi. Depuis ce jour, non seulement Anne a continué d’emballer son monde, mais elle n’a jamais marqué d’arrêt dans sa carrière, jamais fait son retour comme ont pu le ressasser par facilité et inconséquence ordinaires, les médias, télévision hexagonale en tête, qui ne lui a octroyé qu’une pincée d’émissions significatives en cinquante-cinq ans. Ce livre s’attache donc à montrer la continuité d’un parcours et d’une œuvre (« tout s’mélange », chante-t-elle) sans équivalents pour une femme dans la chanson française… » À mes yeux, l'une des plus belles chansons de son dernier album, Pour un portrait de moi, prolonge le sublime Un mur pour pleurer de 1974.

 

 

Anne a apprécié mon travail de biographe. Elle m’a fait l’honneur et l’amitié de participer à de nombreuses signatures. Je ne serai pas ce soir à Bourges, mais d’autres dates sont prévues et je les indiquerai bien entendu sur mon site à la rubrique Actualité, dédicaces (je peux également envoyer ce livre par voie postale, sur demande). CQTC.

 


Couv2-ASDP

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 14:56

Lendemain défaite. Quand le vote fleure le veto. Hollande, ô désespoir, ô promesses ennemies ! Autant sourire En attendant des jours pires, puisque c’est La Bérésina, comme diraient Pascal Mathieu et Pierret Perret. À moins que ce soit « le coup de pied de l’âne » auquel littérature et chanson rendent ici hommage, entre Albert Cossery, Philippe Forcioli, Jofroi et Nicolas Bacchus. Avec, au passage, un plongeon électoral dans le Midi Libre (16/03) et une commune du Gard...



 

autrement dit...

 

 

 

Concoules.jpg

 

En 1955, Albert Cossery (écrivain né au Caire en 1913 et décédé à Paris en 2008) publiait Mendiants et orgueilleux, son plus célèbre roman. Il a cosigné avec Georges Moustaki et Jacques Poitrenaud le scénario du film éponyme sorti en 1972. La chanson du même nom de l’ami Jo commence ainsi :


À regarder le monde s'agiter et paraître
En habit d'imposture et de supercherie
On peut être mendiant et orgueilleux de l'être
Porter ses guenilles sans en être appauvri


 

Mendiants-Cossery.jpg

 

Dés le début de ce magnifique roman (il vient d’être réédité aux Éditions Joëlle Losfeld), un personnage évoque une espèce de Concoules de son pays : « Cela s’est passé il y a quelques temps dans un petit village de Basse-Égypte, pendant les élections pour le maire. Quand les employés du gouvernement ouvrirent les ruines, ils s’aperçurent que la majorité des bulletins de vote portaient le nom de Barghout. Les employés du gouvernement ne connaissaient pas ce nom-là ; il n’était sur la liste d’aucun parti. Affolés, ils allèrent aux renseignements et furent sidérés d’apprendre que Barghout était le nom d’un âne très estimé pour sa sagesse dans tout le village. Presque tous les habitants avaient voté pour lui. […] Le comportement de ces paysans perdus au fond de leur village était le témoignage réconfortant  sans lequel la vie deviendrait impossible. » Néanmoins ledit Barghout ne fut pas élu : « Tu penses bien, un âne à quatre pattes ! Ce qu’ils voulaient, en haut lieu, c’était un âne à deux pattes. » Un noble animal qui a inspiré bien d’autres hommages chansonniers, tels Chic ! un âne (Philippe Forcioli, 2000), Chapeau bas (Jofroi**, 1999) et Le Petit Âne gris will rock you (Nicolas Bacchus, 1999). CQTC


 

Philippe Forcioli - Chic ! un âne



Jofroi – Chapeau bas - 3’41



Nicolas Bacchus - Le Petit Âne gris will rock you

 

* Emprunté à Claude Nougaro (Assez, 1980)

** Le lundi 7 avril au Vingtième Théâtre (7 rue des Plâtrières, 75020 Paris - 01 48 65 97 90).


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