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  • : Chansons que tout cela... (CQTC)
  • : Au cœur et autour de la chanson francophone, encore si méprisée des gens de pouvoir et de médias, alors qu'elle est vivante comme jamais au quotidien et dans l'Histoire en marche...
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  • Daniel Pantchenko
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...
  • Journaliste, surtout au trimestriel Chorus. Auteur de biographies : Charles Aznavour en 2006 (avec Marc Robine), Jean Ferrat en 2010, Anne Sylvestre en 2012, Serge Reggiani en 2014. Intervenant sur la chanson : formation, stage, conférences, rencontres-débats...

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 16:30

Aujourd’hui sort un coffret CD/DVD (Tacet / L’Autre distribution) littéralement exceptionnel consacré à Allain Leprest. On y retrouve l’intégrale du spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment, mis en scène par Gérard Morel avec Romain Didier, Yves Jamait et Jean Guidoni  (l’excellent texte additionnel de Claude Lemesle figure dans le livret avec ceux des chansons) et on y découvre un entretien filmé inédit d’une heure avec Jean-Louis Foulquier, qui porte bien son titre, NU comme la vérité.

 

Leprest---Nu-comme.jpg

Didier Pascalis, producteur moderne à l’ancienne, poursuit son travail de fond autour de l’ami Allain. Après le coffret Connaît-on encore Leprest ? (un CD, 2 DVD et un livre) de l’an dernier, cet enregistrement d’octobre 2013 à l’Alhambra de Paris de Où vont les chevaux quand ils dorment donnera envie à celles et ceux qui n’ont pas vu le spectacle* de guetter son passage dans leur région. Le trio Didier / Jamait / Guidoni y fait merveille en compagnie du guitariste Thierry Garcia et de l’accordéonniste Philippe Mallard, le tout entrecoupé de voix d’enfants disant le texte de Claude Lemesle, pour lequel Allain Leprest restera avec Bob Dylan « le plus grand auteur de chanson du vingtième siècle. »

 

 

C’est en mars 2011 que, « pressentant l’urgence », Didier Pascalis a organisé chez lui la rencontre Leprest-Foulquier, prolongée le lendemain au Forum Léo Ferré d’Ivry : dix heures d’entretien rendus possibles par une confiance réciproque. En 1993, l’homme de radio n’avait-il pas repris sa vieille casquette de chanteur pour enregistrer un album avec l’inoubliable Tout c’qu’est dégueulasse porte un joli nom et huit autres titres du tandem Allain Leprest - Romain Didier ? Dès lors, de France Inter aux Francofolies, le compagnonnage avec l’auteur de Nu n’allait pas cesser, et c’est ce que l’on ressent ici, entre gravité et humour, ponctués par quelques témoignages, d’ailleurs uniquement masculins (?!) : Romain Didier, Kent, Alexis HK, Claude Lemesle, Loïc Lantoine et Didier Pascalis.

 

Leprest-Foulquier.jpg

Avec un Foulquier qui amorce le final en rigolant : « Je crois pas particulièrement en Dieu, mais je suis à peu près certain que dans l’au-delà, y’a un bistrot… et que je vais y retrouver Dimey, Gainsbourg, Nougaro Blondin… On va pas se faire chier, quand même… J’attendrai ! J’te préparerai l’arrivée. » À part qu’Allain en a décidé autrement et que Didier Pascalis peut en conclure aujourd’hui : « Cet enregistrement est le témoignage d’un artiste arrivé au bout du chemin, qui le sait et qui accepte de révéler l’essentiel : son intimité. C’est captivant, intime et terriblement émouvant à la fois. » Il se trouve qu’en 2001, j’avais écrit et enregistré Même l’hiver, accompagné par Marc Robine, autre artiste qui, lui non plus, n’abusait guère d’eau minérale. CQTC

 

Même l’hiver - (Daniel Pantchenko) - 2’45
 

 

* Le spectacle a été créé en septembre 2012 au Théâtre d’Ivry Antoine Vitez, peu de temps avant que le groupe Entre 2 caisses n’y crée le sien tout public, Je hais les gosses (article ici) dont Tacet vient également de produire l’album.

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 14:54

En finesse. Impressionnant impressionniste. Depuis le Printemps de Bourges 78 (deuxième du nom) où on l’a découvert juché sur son tabouret et guitare folk en mains, il a écrit quelque cent cinquante chansons et traversé bien des tempêtes. Quatorze ans après La Tête ailleurs, il sort Le Jour et la nuit, l’album d’un intimiste planétaire et vigilant qu’il n’a jamais cessé d’être. C’est il y a deux ans qu’il a retrouvé la force et le goût d’écrire, d’abord pour d’autres à la demande de Francesca Solleville ou Georges de Cagliari, puis pour lui-même, histoire de continuer à « lancer des balles », de « positiver ».

 

Laffaille-cd2013.jpg

 
Il fallait que je fasse ce disque…
Gilbert Laffaille à DP (18/11/2013) - 1’29
 

L’album (dont vous pourrez écouter des extraits ici) s’ouvre sur Si tu n’es plus là, dédié par l’artiste à sa femme Josiane, décédée en 2005 : « Si ton cœur tranquille / Me tenait debout / Ce serait facile / Comme tout ». Bossa fluide, voix douce qui enveloppe, écriture simple et soignée comme toujours, le ton est donné : la mémoire et l’amour. Il y a ces madeleines fragiles du quotidien (« Ce qui se brise / Dans un sanglot / Ou qui s’irrise / Au fil de l’eau »), Tout ce qui reste si essentiel ; il y a ces images de la nature d’hier et d’aujourd’hui, ces rêves partagés (Doucement sous mes yeux, Le Chant du voyageur), mais aussi cette âme citoyenne du monde qui invite à garder les yeux ouverts, du bric à brac de Chez Mr Li « enfui / En radeau sur la mer » au bébé endormi dans un taudis infame (Comme un ange au paradis), en passant par le salut poignant à tous ces peuples que la France coloniale a pillés (Homme en boubou femme en sari), une espèce d’inventaire à la Gilbert, qu’il complète d’une simple note tout aussi émouvante dans sa précision : « Les Badiaranké vivent au Sénégal, les Antanosy et les Tsimihéty à Madagascar, les Sango en Centrafrique, les Mandés en Afrique de l’Ouest, les Kalabari au Niger, les Saramaka en Guyane. » Et s’il était un peu tôt  pour inclure des chansons drôles dans cet album, rassurez-vous, elles existent, ce sera pour la prochaine fois… Gilbert n'avait pas pour autant la tête ailleurs. Écoutez ce qu'il confie, après la vidéo de cette chanson de 1999.

 

 

L’esprit de l’album
Gilbert Laffaille à DP (18/11/2013) - 3’10
 

Les 17, 18 et 19 novembre Gilbert Laffaille a emballé le public parisien de l’Européen ; ne le ratez pas s’il passe près de chez vous. En scène, il a renoncé depuis longtemps à la guitare pour être accompagné par le guitariste Jack Ada, le contrebassiste Olivier Moret, le batteur Jean My Truong et la pianiste Nathalie Fortin, qui a signé les arrangements du disque et qu’on retrouve dans les deux vidéos qui illustrent cet article. CQTC.

 

Bonus : Les Raisins dorés (album Ici, 1994)

 

 

 

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 14:30

Sensibilité et humour, écriture simple mais soignée en subtil équilibre avec la musique, sens évident de la scène, Clarika fête ses vingt ans de chanson le jeudi 28 novembre au Trianon (Paris) en compagnie de nombreux amis artistes. En début d’année est paru son sixième album, La Tournure des choses.

 

Clarika-Trianon.jpg
 


Des duos au Trianon - Clarika à DP (19/11/2013) - 2’34

 

Elle avait subodoré cette soirée dès 1993 : « J’attendrai pas cent ans ! » C’était l'intitulé de son premier album chez Boucherie Productions, label aujourd’hui disparu. Quasi tous les quatre ans, elle en a ensuite sorti un chez Sony, puis trois chez Universal, jusqu’à Moi en mieux en 2009, marqué notamment par deux titres : l’un plutôt grave, Bien mérité, et l’autre savoureusement drôle, Rien de tel (qu’une petite chanson). Après cet opus très « produit », La Tournure des choses a été réalisé dans de tout autres conditions, avec le label indépendant AT(h)OME et des proches de toujours, Jean-Jacques Nyssen, bien sûr, mais aussi Xavier Tribolet et Philippe Desbois qui ont joué tous les instruments et coproduit le disque. Premier extrait clipé, histoire de donner le ton d’une certaine désillusion du monde : Oualou.

 


 

 

Cette Tournure des choses, dont le recto de la pochette conforte la vision lucide d’un type de société qui génère le meilleur et le pire, où l’on en vient à se dire que C’était mieux avant même si Tout est sous contrôle, cette Tournure des choses, donc, Clarika en a signé onze des douze textes. Entre urgence citoyenne jamais didactique (Sumangali) et autodérision façon Fais-moi mâle et Je suis bad, jusqu’aux propos pseudo-rassurants à usage des enfants de Mais non mon chat, griffé Jean-Jacques Nyssen, elle a atteint ce qu’elle nomme royalement « la maturitude ». Outre ledit Jean-Jacques, Florent Marchet, Ben Ricour, Skye et Claire Joseph ont composé les musiques, le mixage ayant eu lieu – excusez du peu – à New-York, sous la houlette de Mark Platti (David Bowie, Alain Bashung, les Rita Mitsouko, Gaëtan Roussel, Robbie Williams…).

 

Clarika-CD2013.jpg

 

La Tournure des choses - Clarika à DP (19/11/2013) - 4’15
 

À noter que les 16 et 17 novembre derniers, Clarika, qu’il faut absolument voir en scène pour en saisir la substantifique attitude, a donné deux concerts avec chœur et orchestre symphonique (170 intervenants), à Corcieux dans les Vosges, points d’orgue d’une résidence d’artiste de dix-huit mois organisée par l’association Vosges Arts Vivants. Elle achèvera d’ailleurs cette résidence le 19 décembre à Épinal par une version spéciale de sa « Bibliothèque », les textes lus entre les chansons étant empruntés à des auteurs du cru. CQTC.

 
 
Bonus  - Bien mérité

 

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 22:20

J’ai la mémoire qui flanche… mais je me souviens qu’il chante, joue, raconte, se démultiplie, i-machine, délire, fait rire, émeut... sur le fil d’une espèce de nonsense à l’anglaise voire à la liégeoise. Après l’hommage au Belge mythique Chris Conty, auquel il a consacré spectacles, "docu" et conférences, Jean-Jacques Nyssen présente Rappel dès le mercredi 13 novembre* à l’Espace Christian Dente (ACP La Manufacture Chanson, 124 avenue de La République, 75011 Paris – Tél. 01 43 58 19 94).

 

Nyssen-Rappel-1.pngJean-Jacques Nyssen dans Rappel

 

Il s’est mis à la musique à 19 ans. Un peu tard, selon lui, malgré son Conservatoire Royal de trompette à Liège et ses trois-quatre ans de cours de solfège. Du coup, pour « rattraper le temps perdu », il a acheté un quatre pistes, commencé à chanter dans les piano-bars et monté le septuor La Tribu avec son ami bassiste André Borbé, futur chanteur jeune public. À 25 ans, direction Paris, le Studio des Variétés, centre de formation où il rencontre Clarika, bien sûr, mais aussi plusieurs autres artistes, dont La Grande Sophie. En naissent une troupe, Ramona Lulu, et une comédie musicale, La Marée d’Inox, qui sera accueillie un soir à l’Olympia. Puis, la difficulté de tourner à sept incite Jean-Jacques à se produire seul. Résultats : une drôle de musique de chambre et un disque produit par Thierry Ardisson, Le Parcours, à la veille des années 2000.

 

 

Devenu récupérateur émérite, artisan jusqu’au bout des jongles, Jean-Jacques Nyssen multiplie les reprises en solo avec l’orchestre de sa chambre, pour le plaisir desdites reprises mais aussi pour les détourner. Idée à double détente : le public marche aussi parce que cela lui rappelle des moments personnels précis. C’est de là que va jaillir le concept du spectacle suivant : reprendre les succès d’un chanteur que tout le monde croit connaître mais qui n’existe pas. Tout en continuant à composer pour les albums de Clarika, Jean-Jacques crée en 2006 Tout recommence, le meilleur de Chris Conty

 

 

Le retour de Chris Conty entraînera jusqu’à seize personnes sur scène, génèrera un documentaire sur Canal + avec d’hénaurmes témoignages (de Zazie à Laurent Voulzy ou Leny Escudero : voir bonus ci-dessous) puis des conférences aux petits oignons du professeur J.-J. Nimbus. Toujours avec le sentiment d’avoir à rattraper le temps perdu et comme il se débrouille bien avec les machines, il enchaîne avec un pseudo-concert de 20 minutes, Contre la montre, où la seule chanson qu’il interprète arrive au rappel.

 

 

Rien ne se perd chez l’artiste, tout se transforme et le titre du nouveau spectacle est trouvé ; écrit avec Pascal Bouaziz du groupe Mendelson, il s’inspire du même personnage, qui perd la mémoire et décide de filmer sa vie pour ne pas la perdre.

Teaser Rappel

 

Dernière chose, Jean-Jacques Nyssen a beau se prétendre piètre musicien et se reposer sur les séquenceurs, écrans et autres machines, il occupe l’espace – ici un brin exigu – avec la folie douce mâtinée d’humour d’un Bourvil de l’ère électronique et reste un formidable chanteur. CQTC.


* Ainsi que les mercredis 27 novembre et 11 décembre (20h30).

 

Bonus Chris Conty

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 15:58

 

Remarquée au piano derrière Allain Leprest, Bernard Joyet et Anne Sylvestre, Nathalie Miravette est devenue également une fine lame scénique de la chanson. Une rigolotte viscérale mais pas que… Ce dont témoigne la sortie d’un DVD, prétexte à une fête le lundi 4 novembre au Café de la Danse (Paris 11e - Tél; 01 47 00 57 59), en compagnie d’invités artistes. Mais pas qu’eux.

 

Miravette-l320.jpg

Flashback. Si la petite Nathalie aime bien les variétés télévisées des années 70, ainsi que Brel, Brassens et Ferrat, ce dernier très écouté à la maison dans un milieu « coco à fond les ballons », elle est émue au larmes par la musique classique. Bien que ce ne soit pas évident, sa famille va « se saigner aux quatre  veines » pour lui payer des leçons de piano. Conservatoire, École normale de musique où elle auditionne devant Pierre Petit (le papa de Romain Didier, qui, au vu de ses cheveux courts, la gratifie d’un énervant « Il est doué ce petit ! »), bref, études classiques… à l’issue desquelles l’envie lui vient très vite d’accompagner les autres, en partant d’un simple constat : « Faire du piano, c’est bien, mais toute seule, je vais m’ennuyer. » Et comme depuis toujours elle aime les mots, elle s’oriente en 2000 vers la chanson. L’un des tout premiers artistes qu’elle accompagne s’appelle Allain Leprest, l’inventeur d’un concept qu’elle n’a pas oublié : Le Concert pédago

 

 

Ensuite, Bernard Joyet l’invite à tester dans son spectacle une chanson pas triste, Cucul, d’Emmanuel Lods* (un des rares auteurs interprétés par Leprest, qui estimait ne pas pouvoir trouver mieux que Le P’it Ivry pour saluer sa ville d’attache), ce qu’elle fait en se souvenant très fort de sa grand-mère.

 

 

Depuis 2011, Nathalie accompagne Anne Sylvestre, ce qui constitue à ses yeux « un beau cadeau de la vie » ; dans le même temps, elle intervient « De concert » avec d’autres titres auprès de Bernard Joyet (Avec moi ça ne dure jamais, Il n’est pas de plaisir superflu) et l’histoire va se construire naturellement jusqu’à la création de son propre spectacle Cucul, mais pas que… 

 

 

Enregistré en public l’an  dernier à l’Européen, le DVD (Tacet Productions), réunit une bonne vingtaine de titres entre émotion et humour, tels (outre ceux déjà cités et d’autres encore de Bernard Joyet) Un mur pour pleurer et La Lettre ouverte à Élise d’Anne Sylvestre, Les P’tits Enfants de verre et Le Pull-over d’Allain Leprest et Jean Ferrat, J’aurais essayé et L’Accompagnatrice d’Antoine Salher, Recommandations et Pedro Ramires de François Morel et Reinhardt Wagner, La Maison Ronchonchon de Liz Cherhal et Alexis HK… Autant de perles que l’irrésistible Miravette reprendra sans nul doute sur la scène du Café de la Danse (avant-goût ici), en compagnie de sa pianiste complice Jennifer Quillet. CQTC.

 

* Musique : Philippe Biais.

 

Bonus : le Cucul originel..


 


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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 11:21

De Brel, chanteur fulgurant, « bête » de scène, acteur, on sait à peu près tout. Tant d’articles, d’émissions, de biographies et d’ouvrages divers y ont été consacrés. Le journaliste Fred Hidalgo, créateur du mensuel Paroles et Musique, du trimestriel Chorus et coéditeur du référentiel Grand Jacques de Marc Robine (1998) est bien placé pour le savoir. Avec L’Aventure commence à l’aurore, c’est aux toutes dernières années de vie de l’être humain qu’il s’intéresse, le simple habitant des Marquises, celui du bateau, de l’avion, du rêve impossible vécu, enfin, à l’autre bout du monde.

 

Couv-Brel-FH-copie-1.jpg

1957, Quand on a que l’amour. Pour Fred Hidalgo, huit ans, c’est le choc. Rebelote douze ans plus tard quand Jacques Brel incarne Don Quichotte. Dans l'esprit du jeune homme, la boucle est bouclée. Brel devient à jamais, son « artiste de prédilection ». Et il tient à le souligner dès le début du livre : « Celui qui aura le plus compté  pour moi – homme et créateur confondus, sa vie ayant été aussi admirable que son œuvre – jusqu’au point peut-être d’avoir infléchi le cours de mon existence, s’appelle Jacques Brel. » Ainsi après l’avoir rêvé trente ans, l’auteur est-il parti avec son épouse Mauricette, « sans idée préconçue », en Polynésie Sur les traces de Jacques Brel, et en a-t-il rapporté d’abord une espèce de reportage / souvenirs de voyage en quinze épisodes, sur son blog  Si ça vous chante , de novembre 2011 à avril 2012.

 

 

La première partie de cet ouvrage soigné de près de quatre cents pages raconte comment ce qui devait être une escale, à Hiva Oa, dans l’archipel des Marquises, est devenu, à l’échelle d’une vie, un somptueux « dernier repas » ; somptueux au sens de l’humanisme  et du partage, il va de soi. On y voit Brel aux commandes de son voilier l’Askoy (le fameux Voilier de Jacques, si bien évoqué par Jean-Roger Caussimon en 1979) et de son avion Jojo*, clin d’œil à son ami à-tout-faire Georges Pasquier, décédé en 1974. Et on réalise combien, désormais citoyen – presque – ordinaire, il est devenu utile, pour ne pas dire indispensable, à ses nouveaux amis insulaires : transport du courrier, de malades ou de femmes enceintes, cinéma en plein air, culture au sens large… en relation parfois contrastée avec les corps constitués du lieu, religieuses comprises, ce qui ne manque ni d’humour ni de tendresse.

 

 

En deuxième partie (même si, de fait, le livre est structuré en vingt-trois chapitres, entre Prologue et Épilogue), la chanson reprend irrépressiblement ses droits avec l’écriture du dernier album, les problèmes de santé de Brel et ses rapports conflictuels avec « le métier », paparazzi en tête. Tout cela, on s’en doute, passe par un travail d’une extrême précision assorti d’un parallèle explicite avec Gauguin, de très nombreux témoignages et documents (notamment Tu leurs diras, le livre de Maddly Bamy, la dernière compagne de Brel, celle des Marquises), un cahier-photo avec des clichés actuels perso et quarante pages d’annexe très pointues, entre repères biographiques, discographie, filmographie, bibliographie… dans l’esprit du défunt Chorus. Comme il se trouve que Fred Hidalgo cite certains extraits d’entretiens que j’ai réalisés alors pour la revue à l’occasion de dossiers sur Brel, voici en bonus quelques mots de sa première interprète et amie, Juliette Gréco. CQTC.

 

Grecopetit.jpg

Brel, Misogyne ?
Juliette Gréco à DP (23/07/1998) - 1’27
 
 

* Il se trouve aussi, qu’en exergue de ma biographie d’Anne Sylvestre (contrairement à ce que l’on croit,  Anne se sent beaucoup pus proche de Brel que de Brassens), j’ai choisi trois vers de cette chanson sur « Le principe d’imprudence », titre du Prologue, du livre de Fred Hidalgo : « Nous savons tous les deux / Que le monde sommeille / Par manque d’imprudence. »

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 18:16

 

Originaire d’un petit village de Wallonie proche de la frontière française, Jofroi franchira celle-ci de nombreuses fois, mais surtout courant 1994, en famille, pour s’installer à Cabiac dans le Gard. Déja, il chante depuis un quart de siècle pour les grands et pour les petits, et aux côtés de sa femme Anne-Marie, il va devenir l’incarnation du festival Chansons de Parole, de Barjac. Autoproduit au mois d’août dernier, ce livre très personnel*, De Champs la rivière à Cabiac sur terre, retrace son parcours de vie. D’artiste et d’homme.

 

Jofroi-livre.jpg

De Merci Félix (Leclerc, bien sûr) à Cabiac sur terre, ce pavé carré de presque trois cents pages alterne récit autobiographique, textes des chansons et anecdotes signifiantes, dans une mise en page inspirée, une belle ouvrage d’artisan, une création dans la création. Logique. Cohérente. Juste organique, pour un homme de pays, un terrien farouche. Preuve immédiate, dès la couverture, quatre mots principaux : champs, rivière, terre, soleil. À l’aube de ses vingt ans et des années 70, le jeune homme a lâché la géologie pour la chanson, découvert les Cévennes, le Ferré d’Amour-Anarchie et même rencontré Félix Leclerc et Jean-Pierre Chabrol. À Champs la rivière, dans les Ardennes, la petite ferme où il s’installe d’abord accouche d’un festival : « Et c’est toute une partie de la chanson belge émergente de l’époque qui se succède dans un pré à côté de la maison avec le soleil pour projecteur. » Et sans se faire  prier...

 

 

Jofroi sait se raconter. En livre comme en scène, il a la plume travaillée mais nature. Goûteuse. Campagne ou ville, il y a toujours les hommes et les femmes. Sans frime. Au plus profond des sentiments et des idéaux. On survole ainsi une carrière marquée par beaucoup de voyages, de rencontres, le succès de Si ce n’était manque l’amour et L’Été la France propulsées en 1975 par Claude Villers sur les ondes de France Inter, Mario et La Marie-Tzigane pour les grands, Antonin et L’Homme au parapluie pour les petits… Bref, l’envie tenace de Marcher sur un fil, celui qui nous relie par-delà nos différences. « J’ai cette chance inouïe, écrit Jofroi, de vivre depuis quarante ans de mes chansons et de recevoir de plus en plus de messages de partout, souvent maintenant grâce à Internet. Des émotions partagées, petits mots simples qui nourissent et réchauffent, des mercis profonds, de grandes envolées […] Plus que jamais, j’ai envie d’écrire des chansons. Des chansons qui touchent, qui partagent, la joie comme la révolte, l’indignation comme le bonheur. » Et qui savent distiller sans béatitude l'espoir, aux adultes comme à leurs cadets, à l'image de ce Bienvenue sur la terre. CQTC.

 

 

 

* Disponible sur le site de Jofroi : www.jofroi.com/


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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 18:01

Touche à tout à l’humour échevelé au propre comme au figuré, Jean-Paul Farré trace depuis plus de quarante ans une route artistique originale de comédien et d’auteur-compositeur-interprète qui s’accompagne au piano. Créée en mars 2013 au Théâtre de Lonjumeau (Essonne), sa nouvelle facétie musicale au titre explicite, Ferré, Ferrat, Farré est à l’affiche du Vingtième Théâtre parisien jusqu’au 13 octobre*.

 

Farre.jpgPhoto : Didier Pallagès

 

Le saviez-vous ? Au croisement de la poésie et de la politique, il y a la « poélitique » ! Le trublion Farré a donc décidé de présenter sa candidature à la première élection du Président de la chanson Poélitique. Pour cela, en compagnie de deux instrumentistes aux petits oignons, Benoit Urbain (piano, accordéon) et Florence Hennequin (violoncelle) dans des arrangements d’Isabelle Zanotti, il revisite six chansons de Ferrat et onze de Ferré, agrémentées de quatre de ses propres fantaisies, dont Les comiques se recyclent et L’Heure d’été. Celles-ci amorcent les amabilités après une installation loufoque à souhaits, dont on ne retrouve plus l’esprit par la suite. Dommage.

 

 

Pour agréables que soient la mise en scène de Ghislaine Lenoir et l’ensemble du spectacle, on assiste surtout à des retrouvailles avec l’ami Léo (Ça t’va, Monsieur tout blanc, Les Anarchistes, L’Âge d’or…) dont l’esprit musical correspond beaucoup mieux à Jean-Paul Farré, d'abord comédien qui chante. Soucieux de reprendre des œuvres moins connues, il aurait sans doute pu mieux choisir chez Ferrat que Regarde-toi Paname ou le phallocrate Horizontalement (dont il n’a, d’ailleurs, pas commis les textes) à côté de Nuit et brouillard et Je ne suis qu’un cri (paroles de Guy Thomas). Pour la dimension politique annoncée, c’est un peu court, mais le public de Farré a l’air d’y trouver son compte et de penser : On ne voit pas le temps passer, C’est extra… CQTC.

 

* Vingtième Théâtre, 7 rue des Plâtrières - Paris 20e - Mercredi au samedi à 19h30, dimanche à 15h (tél. 01 48 65 97 90).

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 13:40

Elle a la phrase brève, les mots et le cheveu courts. Pas la mémoire. Pas les sentiments. Et désormais, la femme de chanson et de théâtre se livre au fil des pages, la « fille de banlieue, née à Villeneuve-la-Garenne dans le 92 »  publie À ma zone (Éditions La Passe du Vent), une trilogie dont le deuxième tome vient de paraître. C’est émouvant, drôle, humain. Sans pathos.

Lebegue-livres.jpg

Claudine Lebègue a connu le « piano obligatoire » pendant huit ans, croisé violon, contrebasse, grosse caisse municipale, cymbale… jusqu’à ce qu’elle soit sauvée par un accordéon à l’âge de seize ans : « …brutalement, je l’ai étreint de tout mon pauvre corps adolescent trop lourd, mal dégrossi. Je l’ai empoigné comme un amour fou qui vient de tomber. Je l’ai renversé dans mes bras de toute mon âme chagrine. Je lui ai tiré ses premières larmes en sanglotant, je le jure. Je lui ai sangloté toute cette chienne de petite vie mal barrée. Et puis, j’ai mouché mon nez, je l’ai pris par le colback et on est partis lui et moi voir un prof’ pour savoir comment s’y prendre quand on aime comme ça. » (À ma zone, I).

 

Lebegue-Avignon.jpg

Au Festival d'Avignon (ph. Sabine Li et Rachel Paty)


Un côté très brut... Claudine Lebègue à DP
(17/04/2013) - 1’59


Ce n’est pourtant que deux décennies plus tard, en 1991, après avoir été étudiante en musique, prof en conservatoire et vécu moult autres choses existentielles, qu’elle entame un parcours artistique d’abord théâtral. Les compagnies s’appellent « Les Fédérés », « Sortie de Route », « Le Voyageur Debout » ! En 1999, la comédienne, clown à l’occasion, déjà auteure et metteur en scène, compose, écrit et autoproduit son premier album, Zelda cœur de vache ; en 2004, le second, Des roses et Roger, est produit par Anne Sylvestre ; Claudine travaille également aux côtés de Michèle Bernard et anime divers ateliers d’écriture et d’interprétation ; en 2009, elle crée À ma zone au Festival d’Avignon. Le livre paraît au printemps suivant, accompagné d’un disque comportant treize titres, avec Michel Taïeb aux arrangements et aux guitares, Alexandre Leitao et Pierre Luquet à l’accordéon, Michel Schick aux clarinettes. le spectacle, joué plus d’une centaine de fois à ce jour, arbore un sous-titre explicite : Slam-Musette pour Mélomanes de HLM.

 

Extrait du Tranches de scène  autour de Michèle Bernard (2012)

 

À dire vrai, jusqu’à la lecture de son À ma zone, je n’avais pas été très sensible à Claudine chanteuse. Je la connaissais assez mal, et dès les premières pages de cette autobiographie nature, j’ai été happé, profondément touché par sa plume au scalpel. Cette urgence de dire. Des chapitres très courts, cinquante en moins de cent-vingt pages, un mouvement perpétuel, vital, assorti d’un humour et d’une auto-dérision constants. Bref, j’ai d’autant réécouté les chansons que j’ai trouvé À ma zone II encore plus abouti, jusqu’à la page « Dédicace » (p. 135), terrible dans sa concision signifiante. Dans sa pudeur ultime.


Claudine Lebègue à DP - Racines d'aujourd'hui et d'hier
(17/04/2013) - 1’15


Le poète, romancier, dramaturge et critique Jean-Pierre Siméon – excusez du peu – signe une préface élogieuse invitant à  « suivre Claudine Lebègue, de la mob à l’accordéon, dans sa chevauchée des sentiments », dans À ma zone I. Depuis il a récidivé, écrivant notamment : « Il y a dans tout ça une humanité profonde. Toujours aussi alerte et émouvant, ce deuxième tome confirme en outre un ton, une manière, un style très personnels. Claudine Lebègue sait parler à l’intelligence et au cœur du lecteur. » Faute de moyens, elle n’a pas pu enregistrer la douzaine de nouvelles chansons qu’elle a composées en parallèle ; cela étant, le troisième tome du livre devrait paraître en 2014, chacun couvrant dix-huit années de vie.

 

Quelques dates :

17 juin : À ma Zone  trio - Festival Didouda - Arras (62)
18 et 19 juin : stage d’interprétation - Arras (62)
21 juin :
À ma Zone  acoustique - Saint-Genest-Malifaux (42)

23 juillet : Collection Privée - La Bastide sur Besorgues (07)
28 juillet au 3 août : stage d’écriture -
Musiques à l’usine
- Saint-Julien Molin Molette (42)


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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 14:44

L’ami Georges nous a quittés il y a quelques jours et nous sommes nombreux à nous sentir orphelines et orphelins de ce sage conjuguant les arts de vivre et la « révolution permanente ». Ne pas confondre l’artiste idée de paresse et la fainéantise ordinaire des médias pressés de fourguer à tout va un arbre au détriment de la forêt. Le chanteur lui-même, il y a tout juste quarante ans, invitait à se poser quelques autres questions (en compagnie de la journaliste Mariella Righini), et en l’occurrence, aussi formidable que soit Le Métèque, l’œuvre de Georges Moustaki recèle tellement d’autres merveilles.

 

Livre-Moustaki

 

 

Ce court article vise juste à susciter l’envie de la revisiter tranquillement, l'œuvre, au prétexte de cet extrait d’entretien que j’avais eu avec lui au printemps 1986, alors qu’il se préparait à donner dix-neuf concerts dans quinze salles parisiennes. Une manière de pratiquer « le métier » autrement. Encore un voyage, sa signature existentielle en quelque sorte. CQTC.

Georges Moustaki à DP (20/03/1986) - 4’48

 

Lazy blues (1984)

 

 

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