Au cœur et autour de la chanson francophone, encore si méprisée des gens de pouvoir et de médias, alors qu'elle est vivante comme jamais au quotidien et dans l'Histoire en marche...
13 mars 2011. Un an après sa mort, journée Ferrat dans les médias, rediffusions, recyclage et approximations surtout… Vendredi pour le quotidien l’Humanité qui consacrait trois pages au chanteur, j’ai signé un court article qui commençait ainsi : « À en croire certains esprits bien-pensants qui louent Jean Ferrat mort autant qu’ils l’ont exécré vivant, l’auteur de La Montagne et de Ma France serait une voix du passé, d’une autre époque, archaïque, où existait la lutte des classes. Aujourd’hui, dans cette “chienlit” morale et politique, la voix fraternelle de Jean Ferrat, son chant, son humanisme indivisible, gardent valeur de symbole. » Et d’espoir ! À l’image de ce Au printemps de quoi rêvais-tu ? (ouvrant l’album de mars 1969 avec Ma France) qu’on pourrait dédier aussi aujourd’hui à tous ces jeunes - de tous âges - qui conjuguent courageusement avenir et liberté de l’autre côté de la Méditerranée.
Dans la biographie « Jean Ferrat – Je ne chante pas pour passer le temps », que j’ai publié fin septembre aux Éditions Fayard et que je dédicacerai la semaine prochaine au Salon du livre de Paris (et dans différentes autres villes, voir ici), l’ami Allain Leprest m’a offert un texte aussi émouvant qu’explicite, où il écrit notamment :

« Jean Ferrat était quelqu’un de très important pour mes parents, dans ces milieux modestes où j’habitais. Mon père était communiste (il n’avait pas sa carte) et les gens comme lui se reconnaissaient en Jean. Ils faisaient partie de la classe ouvrière et à cette époque, Jean Ferrat était LE chanteur : le chanteur qui disait pour tous ceux de cette classe les mots qui leur manquaient. C’était une force plus puissante que le Parti communiste français ! On l’entendait sur les ondes, c’était le chanteur… je n’aime pas tellement ce mot… qui “s’engageait” à leur place, que tout le monde respectait, qui rigolait quand il chantait “Si j’étais peintre ou maçon / Ouvrier ou forgeron”.
« Mon père aussi rigolait en entendant ça, lui qui n’avait pas des millions ! Il disait : “T’entends c’qu’il dit ? T’entends, c’qu’il dit !” Cette fierté que Jean avait de ne pas renier ses origines ! Et pour mon père, qui ne reniait pas du tout son statut, c’était ça : cette espèce de solidarité entre ce peuple dont on s’est aperçu de l’immense tristesse à la disparition de Jean ; ce ciment qui n’a jamais trahi, qui ne s’est jamais descellé entre lui et cette France profonde. » Écoutez Ferrat ! CQTC.