Au cœur et autour de la chanson francophone, encore si méprisée des gens de pouvoir et de médias, alors qu'elle est vivante comme jamais au quotidien et dans l'Histoire en marche...
Cet automne, le bonheur est dans Leprest. Livre (Marc Legras), disques et spectacles (Claire Elzière, Jean Guidoni) s’en nourrissent et s’ingénient à lui donner la place qui devrait être la sienne. Au plus haut dans l’écriture. J’en parlerai prochainement dans ce blog où il reste l’artiste le plus chroniqué, mais ici, il s’agit du spectacle « Mec ! », du comédien Philippe Torreton et du percussionniste Edward Perraud. L’origine du projet revient à Jean-René Pouilly (Karavane productions), le premier producteur d’Allain il y a trente ans. Et, c’est l’écrivain de théâtre Françoise du Chaxel qui m’a offert la critique enthousiaste de ce spectacle, vu le 15 octobre au Théâtre de Périgueux L’Odyssée (Dordogne).

Les "mots" de Françoise du Chaxel :
Si l’on ne savait pas qu’Allain Leprest est d’abord un poète, il suffit d’aller écouter Philippe Torreton dire, parler, vivre ses mots pour en être persuadé.
Il nous offre une heure magnifique avec Leprest, ce grand méconnu du grand public, qui a rassemblé, sans le savoir, une grande famille autour de lui, la famille des amoureux des mots.
On a souvent comparé Allain Leprest à Jacques Brel, cet autre écorché vif, mais à l’écoute des textes à nu, portés par la voix, le corps et la violence de Philippe Torreton, qui met tout son talent d’acteur et sa conviction d’homme à nous les offrir, c’est beaucoup à Léo Ferré qu’on pense. Pour la force des images, pour le plaisir de jouer avec les mots, pour l’amour des humbles.
Dans l’univers d’Allain Leprest, il y a les bistrots bien sûr, petits théâtres du monde où se croisent les solitudes, les rues des villes peuplées de gens aux vies abîmées, mais il y a aussi la mer, la Manche, que Philippe Torreton connaît bien, qui balaie peut être les douleurs et réconcilie avec l’univers, et les artistes frères, Rimbaud, Van Gogh, Édith Piaf.
Allain Leprest ose tout dire : les peurs qu’on noie dans les verres (« j’ai peur », « le temps de finir la bouteille »), le chagrin vieux compagnon (« le chagrin »), le besoin d’amour jamais assouvi (« Garde moi »), les femmes qu’on laisse partir, les enfants sacrifiés (« C’est peut être Mozart »)…
Et Philippe Torreton l’accompagne dans ses audaces, dialoguant avec les percussions d’Edward Perraud poète des sons.
Une heure plus tard, la gorge serrée et les larmes aux yeux, le public de l’Odyssée à Périgueux a acclamé ces trois artistes.
Philippe Torreton est revenu pour nous dire que ce spectacle qui devait se donner à la Fabrique de Saint Astier, lieu de belles aventures artistiques en Dordogne, a été déprogrammé par la nouvelle municipalité qui prive ainsi ses habitants d’un moment inoubliable.
Note DP :
Dans son récent livre Allain Leprest, Dernier domicile connu (Éditions l’Archipel), sur lequel je reviendrai en détail, Marc Legras rappelle que Leprest et Torreton étaient tous les deux de la région rouennaise et qu’ils s’étaient rencontrés deux décennies plus tôt : « J’habitais place Saint-Godard à Rouen, dit Leprest, et lui faisait du théâtre à Charles-Dullin à Grand-Quevilly. Je ne pouvais pas savoir que ce jeune homme de 17 ou 18 ans deviendrait le grand Torreton ! Quand je lui ai proposé de joindre sa voix à la mienne dans “C’est à la fin du bal” [album Donne-moi de mes nouvelles, 2005, Tacet Production] sur une musique de Christian Paccoud, j’ai ajouté “S’il vous plaît ” ! Il a accepté le plus simplement du monde. »